{"id":6030,"date":"2017-09-28T18:04:55","date_gmt":"2017-09-28T16:04:55","guid":{"rendered":"https:\/\/institut-repere.com\/info\/2017\/09\/28\/les-positions-de-perception-pnl-leontine-c-est-ma-voisine\/"},"modified":"2022-02-03T14:45:40","modified_gmt":"2022-02-03T13:45:40","slug":"les-positions-de-perception-pnl-leontine-c-est-ma-voisine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.institut-repere.com\/info\/les-positions-de-perception-pnl-leontine-c-est-ma-voisine\/","title":{"rendered":"Les positions de perception (PNL) : L\u00e9ontine, c\u2019est ma voisine !"},"content":{"rendered":"<p><strong>Un article d&rsquo;Isabelle Roche<\/strong><\/p>\n<p>Un jour de novembre\u2026Brrr, il ne fait pas bien chaud ce matin. Un beau soleil d\u2019hiver brille sur la ville. Je vois le ciel d\u2019un bleu limpide entre les branches nues des marronniers qui bordent l\u2019avenue. L\u2019avenue un peu bruyante avec ses autos, ses motos, ses v\u00e9los qui d\u00e9filent, les coups de klaxons, les<br \/>\ninvectives des uns et des autres. Bleu limpide. Peut-\u00eatre pas tant que \u00e7a, le niveau de pollution est \u00e9lev\u00e9 ces jours-ci. Pas de chance, s\u2019il fait beau trop longtemps, si on peut go\u00fbter la douceur du soleil dans l\u2019air immobile, la pollution s\u2019installe. N\u2019emp\u00eache, go\u00fbter l\u2019instant pr\u00e9sent, je profite de cette clart\u00e9 matinale et de l\u2019air vif qui me rougit les joues tandis que je me dirige vers mon cabinet de coaching pr\u00e9f\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui nous allons travailler sur les relations conflictuelles. Avec ma voisine. Pas bien grave la voisine avez-vous peut-\u00eatre envie de me dire. Pour vous c\u2019est pire, c\u2019est avec votre patron que \u00e7a ne passe pas, vous voudriez bien changer de boulot, mais pas facile en ce moment. Si vous vous retrouvez \u00e0 la rue, qu\u2019allez-vous faire ? Mieux vaut subir. De toute fa\u00e7on, c\u2019est un con, ya pas que vous qui le dites. Ou plut\u00f4t avec votre belle-famille. A chaque fois vous allez \u00e0 ce fichu d\u00e9jeuner du dimanche rempli(e) de bonnes intentions, rester calme, sourire, ne pas aborder les sujets qui f\u00e2chent, et paf, \u00e0 tous les coups \u00e7a d\u00e9rape, votre bouche parle toute seule, dit ce qu\u2019il ne fallait pas, mais c\u2019est l\u2019autre peste qui vous a provoqu\u00e9(e), elle l\u2019a bien cherch\u00e9 quand m\u00eame. Et puis de toute fa\u00e7on elle est intol\u00e9rante, possessive, et fait tout pour vous pourrir la vie\u2026 Ah non, c\u2019est avec votre partenaire de vie que la communication est difficile. Et oui, hein, les hommes, les femmes on n\u2019est pas fait pareil. Mars et V\u00e9nus, c\u2019est bien connu. Et puis il ne fout rien \u00e0 la maison, c\u2019est quand m\u00eame p\u00e9nible de tout se taper sans\u00a0aucune reconnaissance. Quand m\u00eame, vous travaillez \u00e0 plein temps et ramenez la plus grosse partie de l\u2019argent \u00e0 la maison, elle pourrait quand m\u00eame faire le m\u00e9nage sans se plaindre. Ou vice-versa. Ou avec votre enfant peut-\u00eatre. Ah la la, avec tout ce que je fais pour lui, ma vie professionnelle que j\u2019ai sacrifi\u00e9e, les lessives, les courses, les devoirs, les sorties, les vacances, le taxi, ses petits plats pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s que je lui mitonne longuement, jamais un merci, impossible\u00a0de lui d\u00e9crocher un mot et quand je lui parle il l\u00e8ve les yeux au ciel\u2026 Non, mais qu\u2019est-ce qu\u2019elle me gonfle ma m\u00e8re, toujours \u00e0 vouloir savoir si \u00e7a va, si j\u2019ai fait mes devoirs, \u00e0 quelle heure je pars, \u00e0 quelle heure je rentre. J\u2019ai besoin d\u2019air moi ! Bon, et bien pour moi, ce sera la voisine. Parce que voir sa tronche tous les jours, son air mauvais, \u00e7a me fait mal au ventre, et je finis par ne plus me sentir bien chez moi.<\/p>\n<p>Me voil\u00e0 debout au milieu de cette pi\u00e8ce un peu froide, un peu grande. La pendule murale \u00e9gr\u00e8ne les secondes pas tout \u00e0 fait en silence. Une odeur de caf\u00e9 flotte dans l\u2019air \u00e0 peine r\u00e9chauff\u00e9 par la clim heureusement r\u00e9versible. Entre les taches de soleil qui pars\u00e8ment le sol en vinyle imitant un parquet de bois clair, plut\u00f4t r\u00e9ussi je trouve, trois papiers mat\u00e9rialisent trois positions. Les mots \u00ab Moi \u00bb, \u00ab Autre \u00bb, \u00ab Observateur \u00bb ont \u00e9t\u00e9 jet\u00e9s \u00e0 la va-vite dessus.<br \/>\nLe voyage peut commencer.<\/p>\n<p>\u00ab Aujourd\u2019hui, on va utiliser une technique appel\u00e9e \u00ab les positions de perception \u00bb. L\u2019id\u00e9e est de vous mettre tour \u00e0 tour dans votre peau, celle de votre voisine et celle d\u2019un observateur \u00bb. Ok, coach, je vous suis\u2026<\/p>\n<p>Je me tiens sur le papier \u00ab Moi \u00bb. Enfin, juste derri\u00e8re, je ne vais pas me marcher dessus tout de m\u00eame. Je ferme \u00e0 demi les yeux. \u00d4 toi, pourquoi as-tu les yeux mi-clos ? C\u2019est pour mieux te voir, ma voisine. Elle est l\u00e0. Pas bien grande, plut\u00f4t large, avec une blouse \u00e0 fleurs violette, rose et blanche. Bon sang, mais pourquoi pass\u00e9 un certain \u00e2ge voit-on fleurir ces esp\u00e8ces de machins en acrylique qui boudinent \u00e0 la taille et vous rangent sans erreur possible du c\u00f4t\u00e9 des<br \/>\nvieilles femmes ? Pourquoi encore aujourd\u2019hui ? Elles n\u2019ont pas chang\u00e9 d\u2019un iota en 50 ans, peut-\u00eatre plus, trop vieux pour moi. Pas de mercaticien chez les blousistes, blouseurs, blouseux ? Elle me regarde avec ses petits yeux enfonc\u00e9s, surmont\u00e9s par des sourcils fronc\u00e9s.<br \/>\nRidiculement \u00e9pil\u00e9s et peints par-dessus. Et ses dr\u00f4les de cheveux, blonds et boucl\u00e9s, comme un mouton. Je me demande si ce sont ses cheveux. Je dis bonjour. Non, je ne c\u00e8derai pas. Sept ans que je lui dis bonjour, pas une fois elle ne m\u2019a r\u00e9pondu. Mais je ne c\u00e8derai pas. Elle fait volte-face et je l\u2019entends maugr\u00e9er. Son portail claque. Un portail marron et blanc. Comme elle a pu casser les pieds au peintre qui est venu refaire leur grille ! Marron, ah non, pas ce<br \/>\nmarron-l\u00e0, un peu plus clair. Et cr\u00e8me au-dessus. Pas blanc, hein, cr\u00e8me. Pas cr\u00e8me fraiche, cr\u00e8me anglaise plut\u00f4t. Et le chapeau des piliers aussi. Et un liser\u00e9 noir autour de la bo\u00eete aux lettres. Qu\u2019est-ce qu\u2019elle est p\u00e9nible. Je me demande comment sa famille la supporte.<br \/>\nRemarquez, son fils, d\u00e8s qu\u2019il a eu 20 ans il s\u2019est barr\u00e9. \u00c7a ne m\u2019\u00e9tonne pas. Elle a accus\u00e9 la voisine d\u2019en face d\u2019avoir ray\u00e9 sa voiture, celle de derri\u00e8re de faire trop de bruit, et celle d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 de bronzer en petite tenue dans son jardin. Elle \u00e9crit \u00e0 la mairie tous les deux jours, toujours un truc qui ne va pas, un trou dans la rue, la poubelle qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 repos\u00e9e \u00e0 sa place, un chien qui aboie, la balayette qui n\u2019est pas pass\u00e9e, une mauvaise herbe qui a pouss\u00e9 devant chez elle, on se demande pourquoi juste devant chez elle\u2026 Du coin de l\u2019oeil, je la vois monter l\u2019escalier du perron p\u00e9niblement, souffler comme un boeuf, une vache plut\u00f4t, et la porte de la maison claque \u00e0 son tour. Ce que je ressens ? De la col\u00e8re. Elle pourrait au moins me r\u00e9pondre quand je la salue. Du d\u00e9gout. Vraiment, elle se laisse aller, je suis s\u00fbre qu\u2019elle ne se lave pas. De l\u2019incompr\u00e9hension. Qu\u2019est-ce que je lui ai donc fait ? \u00c7a fait comme une boule, l\u00e0, sous les c\u00f4tes, au creux du ventre, oui, c\u2019est \u00e7a, juste l\u00e0.<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019avez-vous mang\u00e9 au petit-d\u00e9jeuner ce matin ? \u00bb. Hein, quoi ? Qu\u2019est-ce qu\u2019il dit l\u00e0, le coach ? Euh, une tartine de pain beurr\u00e9 et un th\u00e9 ? Pourquoi ? Ah ? C\u2019est \u00e7a qu\u2019on appelle un \u00e9tat s\u00e9parateur. Bien.<\/p>\n<p>Je change de place, papier \u00ab Autre \u00bb. Je dois prendre la place de la voisine, me glisser \u00ab dans ses bottes \u00bb. Ben, elle n\u2019a pas de bottes. Des esp\u00e8ces d\u2019escarpins tout d\u00e9form\u00e9s. Hum, pas facile d\u2019y rentrer. Pas confortable. Je me voute un peu, je fronce les sourcils, je fais descendre les coins de ma bouche vers le bas. Et je fais friser mes cheveux. Juste comme \u00e7a, dans ma t\u00eate. Du coup, je sens l\u2019air frais dans mon cou. Et j\u2019ai mal au dos. Bon sang, ce n\u2019est pas facile de se tenir debout. Je m\u2019appuie au portail. Il est joli ce portail marron et cr\u00e8me. Il a mis du temps \u00e0 comprendre, ce fichu peintre, mais il a fini par faire un truc bien. \u00c7a me rappelle le cappuccino. Ah ce voyage en Italie. J\u2019avais 25 ans. Je venais de rencontrer L\u00e9on. Comme c\u2019\u00e9tait joli la Toscane, les pierres orang\u00e9es, les villages perch\u00e9s, les cypr\u00e8s. Et oui, ils ne me faisaient pas \u00e9ternuer \u00e0 cette \u00e9poque. On mangeait des glaces au soleil. Les meilleures glaces du monde si vous voulez savoir. Les meilleures des meilleures ? Dans un boui-boui pr\u00e8s de la Santa-Croce \u00e0 Florence. Et des capuccinos, en regardant passer l\u2019Arno. \u00c7a me rappelle une chanson. Je n\u2019avais pas froid tout le temps \u00e0 cette \u00e9poque-l\u00e0. Et L\u00e9on avait encore une m\u00e9moire en \u00e9tat de marche. J\u2019\u00e9tais belle, oui, comme j\u2019\u00e9tais belle. Je dansais, presque tous les jours, j\u2019aimais \u00e7a. Qu\u2019est-ce que j\u2019ai mal au dos. Tiens, j\u2019entends un bruit. C\u2019est quoi ? Un moteur ? Je<br \/>\nn\u2019entends plus tr\u00e8s bien. Ah oui, c\u2019est la voisine qui rentre. O\u00f9 est-ce qu\u2019elle est encore all\u00e9e trainer ? \u00e7a ne fait pas longtemps qu\u2019elle est l\u00e0. Voyons, sept ans, oui, quelque chose comme \u00e7a. Elle est arriv\u00e9e quand Gaston est mort. Une nouvelle. J\u2019aime pas trop les nouveaux. Faut<br \/>\ndu temps pour les conna\u00eetre. Et puis elle ne nous a jamais invit\u00e9s \u00e0 prendre un verre. Nous quand on est arriv\u00e9, \u00e7a fait dans les quarante ans maintenant, on avait invit\u00e9 tous les voisins.<\/p>\n<p>Evidemment il y en avait moins. Il y avait des vergers, des murs \u00e0 p\u00eaches. Et puis ses trois m\u00f4mes. Trois. Moi je n\u2019ai pu en avoir qu\u2019un et ce n\u2019est pas faute d\u2019avoir essay\u00e9. En plus il a failli mourir \u00e0 trois ans. Mes pieds me font mal, il va falloir que je rentre. Pourquoi elle me regarde comme \u00e7a ? Si elle veut quelque chose, elle n\u2019a qu\u2019\u00e0 venir. Et puis on n\u2019est m\u00eame pas de la m\u00eame commune. La limite passe entre nos deux maisons. Elle habite du c\u00f4t\u00e9 des riches,<br \/>\ndans cette ville de bourgeois, avec ses boutiques Dior et Cacharel. Tous des pr\u00e9tentieux dans cette ville-l\u00e0. Allez, je me rentre, sinon L\u00e9on va encore faire une connerie. Fichu portail. Il coince, je suis oblig\u00e9e de balancer la porte \u00e0 chaque fois pour qu\u2019il ferme. Onze marches. C\u2019est beaucoup. Mais je ne me plains pas, sinon ils vont m\u2019envoyer en maison de retraite. Ici c\u2019est chez moi, c\u2019est mon quartier. Tiens, les g\u00e9raniums sont encore beaux. Peut-\u00eatre qu\u2019ils<br \/>\npasseront l\u2019hiver\u2026 Evidemment l\u2019autre \u00e0 c\u00f4t\u00e9, elle ne s\u2019emb\u00eate pas, elle en rach\u00e8te des nouveaux tous les ans. Un peu facile\u2026 Dieu que mes genoux me font souffrir. Et ces pieds gonfl\u00e9s qui d\u00e9forment mes chaussures. Ouf, je manque un peu d\u2019air. Voil\u00e0, le pallier. Une pause. Je rentre. Mon fauteuil me tend les bras. Il est joli ce napperon sur le dossier. Je l\u2019ai ramen\u00e9 de Nancy, je me souviens, c\u2019\u00e9tait il y a\u2026<\/p>\n<p>Quoi ? Ce que j\u2019ai regard\u00e9 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 hier soir ? Il en a des questions ce coach. Euh, je ne sais plus trop. Un reportage sur Arte sans doute\u2026 La v\u00e9rit\u00e9 ? Euh, oui, \u00ab Le meilleur p\u00e2tissier \u00bb. J\u2019adore la cuisine, pas vous ?<\/p>\n<p>Je me place sur le papier \u00ab Observateur \u00bb. A ma droite une femme plus toute jeune, quelques fils blancs dans ses cheveux bruns, un long manteau, des cl\u00e9s de voiture \u00e0 la main. A ma gauche, une femme plus \u00e2g\u00e9e, plus petite, un peu tordue, l\u2019air fatigu\u00e9 dans ses habits un peu pass\u00e9s. Celle de gauche dit bonjour. L\u2019autre ne bronche pas. A-t-elle entendu ? La plus jeune prend un air rev\u00eache, hausse les \u00e9paules et tourne le dos. L\u2019autre regarde, mais regarde-t-elle ce qui se passe l\u00e0 maintenant ou plut\u00f4t \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019elle-m\u00eame ce qui s\u2019est pass\u00e9 il y a longtemps. Je me demande\u2026 Madame la plus jeune, peut-\u00eatre pourriez-vous faire quelques pas et aller dire bonjour plus pr\u00e8s ? Dire quelques mots, pas grand-chose, pas besoin d\u2019aller proposer de faire les courses de la vieille, juste dire qu\u2019il fait beau, ou qu\u2019il fait frais, rien de plus. Quelques mots\u2026 Madame la plus vieille, peut-\u00eatre pourriez-vous regarder cette nouvelle, vous savez elle n\u2019est pas si nouvelle, sept ans. Elle ne vous a jamais d\u00e9rang\u00e9e. Jamais vraiment parl\u00e9, mais pas d\u00e9rang\u00e9e. Peut-\u00eatre pourriez-vous tenter de d\u00e9tendre votre front,<br \/>\nc\u2019est s\u00fbr vous avez des rides, mais il y a autre chose, une tension qu\u2019il faudrait rel\u00e2cher. Peut\u00eatre m\u00eame pourriez-vous essayer de soulever d\u2019une mani\u00e8re infime les coins de vos l\u00e8vres.<br \/>\nBon, peut-\u00eatre pas cette fois-ci, mais la prochaine fois. Et on ne sait jamais, si la nouvelle s\u2019approche de vous, peut-\u00eatre pourriez-vous ne pas tourner le dos tout de suite, juste \u00e9couter.<br \/>\nEt si ce qu\u2019elle dit est tr\u00e8s banal, le fond de l\u2019air est frais, la\u00efho, la\u00efho, peut-\u00eatre pourriez-vous juste dire oui. Et vous, madame la plus jeune, pas si jeune, pas cette fois, mais une autre, un jour, dans quelques semaines, peut-\u00eatre pourriez-vous, qui sait, peut-\u00eatre, enfin, faut voir, demander \u00e0 l\u2019autre si elle besoin de quelque chose ? C\u2019est beaucoup ? Peut-\u00eatre, mais qui sait, elle a peut-\u00eatre des choses \u00e0 dire, la plus vieille. Elle n\u2019a pas de cerises sur son chapeau pour<br \/>\nse faire croire que c\u2019est l\u2019\u00e9t\u00e9, mais elle a peut-\u00eatre des choses \u00e0 raconter. Des souvenirs du quartier, des photos \u00e0 montrer, une peine \u00e0 partager\u2026 Allez, si chacune d\u2019entre vous faisait un petit, un tout petit effort, l\u2019air serait peut-\u00eatre un tout petit plus l\u00e9ger dans cette rue partag\u00e9e entre deux communes o\u00f9 il n\u2019y a plus de vergers \u00e0 cultiver, mais tant de mots \u00e0 \u00e9changer.<\/p>\n<p>O\u00f9 je suis partie en vacances l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier ? Ben en Bretagne. A Concarneau. Vous connaissez ?<br \/>\nOui, c\u2019est formidable, ya du monde toute l\u2019ann\u00e9e. Forc\u00e9ment, c\u2019est un port. Ya march\u00e9 tous les jours sous les halles, c\u2019est pratique. J\u2019adore l\u2019oc\u00e9an\u2026<\/p>\n<p>OK, je retourne \u00e0 ma place, sur le \u00ab Moi \u00bb. Ce que j\u2019ai appris ? Que chacun a sa vision des choses. Que peut-\u00eatre le fait qu\u2019elle ne me r\u00e9ponde pas quand je lui dis bonjour n\u2019est pas dirig\u00e9 sp\u00e9cifiquement contre moi. Peut-\u00eatre m\u00eame qu\u2019elle n\u2019entend pas. J\u2019ai appris aussi que si on ne va pas vers l\u2019autre, on ne saura jamais ce qu\u2019il a \u00e0 dire. Que les jugements h\u00e2tifs ne sont pas forc\u00e9ment une bonne chose. Les jugements en g\u00e9n\u00e9ral d\u2019ailleurs. Qui suis-je pour juger d\u2019ailleurs ? Finalement je me fais mal au ventre pour pas grand-chose je crois. Ce que je vais faire ? Garer ma voiture et faire quelques m\u00e8tres vers elle avant de dire bonjour. Et puis on verra. Peut-\u00eatre lui demander si \u00e7a va. Commencer par \u00e7a, quelques mots. Lui demander des nouvelles de L\u00e9on. C\u2019est vrai que je ne le vois plus souvent L\u00e9on. Bon, je ne le connais pas non plus, juste son pr\u00e9nom. D\u2019accord, je vais faire \u00e7a. Mais si elle me tourne le dos, alors je ne suis pas s\u00fbre que je pourrai recommencer une autre fois. Oui, oui, d\u2019accord, on verra bien. Pas la peine de se faire des films.<\/p>\n<p><strong>Un jour de juin\u2026<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ouvre la bo\u00eete aux lettres. Un faire-part de d\u00e9c\u00e8s. L\u00e9ontine est morte il y a trois jours. J\u2019\u00e9crase une larme dans le coin de mon oeil. L\u00e9ontine. L\u00e9on et L\u00e9ontine, faut le faire quand m\u00eame. Je me souviens ce midi de d\u00e9cembre, la premi\u00e8re fois o\u00f9 je me suis approch\u00e9e d\u2019elle en lan\u00e7ant un \u00ab bonjour \u00bb bien fort. C\u2019\u00e9tait en novembre je crois. Pour la premi\u00e8re fois depuis sept ans elle m\u2019a r\u00e9pondu. Avec une voix aigrelette. \u00ab Bonjour Madame, il fait frais aujourd\u2019hui \u00bb.<br \/>\nComme si de rien \u00e9tait. Je n\u2019ai pas trop compris. Puis elle m\u2019a salu\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement. M\u2019a parl\u00e9 de L\u00e9on qui oubliait tout et dont elle devait s\u2019occuper comme d\u2019un enfant. De son fils qui n\u2019appelait pas souvent. Oh, \u00e7a a pris du temps, un mot, puis deux, puis trois. Elle avait toujours ses blouses hors d\u2019\u00e2ge. Elle m\u2019a racont\u00e9 \u00ab son \u00bb cancer, les cheveux qui s\u2019en vont et repoussent tout fris\u00e9s, l\u2019importance du d\u00e9pistage. Les m\u00e9decins, les h\u00f4pitaux. Oh, pas toujours pour dire<br \/>\ndes choses gentilles. Celui-ci \u00e9tait incomp\u00e9tent, dans cet h\u00f4pital-l\u00e0 on lui a vol\u00e9 son argent, et les gens de la mairie ne font rien pour eux. Pas toujours bienveillante, pas une histoire de conte de f\u00e9e, mais la vie, des mots, l\u2019\u00e9change. Un samedi soir \u00e0 18h, ils m\u2019ont invit\u00e9 \u00e0 boire une coupe. Je d\u00e9teste le champagne. Me voil\u00e0 avec des chocolats sur le pas de la porte. Je rentre. Un int\u00e9rieur d\u00e9suet. Des bibelots partout, une bo\u00eete \u00e0 couture en accord\u00e9on comme<br \/>\ncelle avec laquelle j\u2019aimais tant jouer chez mon grand-p\u00e8re, et un monte-escalier, le m\u00eame qu\u2019\u00e0 la publicit\u00e9 apr\u00e8s \u00ab Des chiffres et des lettres \u00bb. Je n\u2019en avais jamais vu en vrai.<br \/>\nExtraordinaire. Et pendant plusieurs heures, ils m\u2019ont racont\u00e9 le quartier, la construction des diff\u00e9rentes maisons, les histoires des uns et des autres. Puis L\u00e9ontine m\u2019a montr\u00e9 des photos sur lesquelles elle posait en habits de danseuse. Comme elle \u00e9tait belle. Mince, avec des cheveux flamboyants. J\u2019ai \u00e9cout\u00e9. Je ne dis pas que parfois je n\u2019avais pas envie de faire les 10 m\u00e8tres qui me s\u00e9paraient de chez moi pour retrouver ma maison et le 21\u00e8 si\u00e8cle, mais j\u2019ai \u00e9cout\u00e9. Avec plaisir. J\u2019ai appris. Et j\u2019ai vu. Les post-it coll\u00e9s un peu partout. Quelques v\u00eatements abandonn\u00e9s ici et l\u00e0. La vaisselle dans l\u2019\u00e9vier. Le t\u00e9l\u00e9phone silencieux qui tr\u00f4ne au milieu du salon. Le po\u00eale \u00e0 gaz que j\u2019aurais peur d\u2019allumer\u2026<\/p>\n<p>Quelques mois plus tard, \u00e0 la nuit tomb\u00e9e, la sonnette retentit. C\u2019est L\u00e9on. L\u00e9ontine est tomb\u00e9e. Je pose mon tablier, je n\u2019ai pas encore de blouse, et j\u2019y vais. Elle est l\u00e0, au milieu du couloir. Je la prends sous les bras, m\u2019attendant \u00e0 peiner sous son poids. C\u2019est fou comme elle ne p\u00e8se rien. Elle a beaucoup maigri. Quelques jours plus tard, L\u00e9on de nouveau. Il n\u2019arrive pas \u00e0 remonter ses oreillers. Je d\u00e9couvre leur chambre. La p\u00e9nombre, l\u2019odeur, le bazar. Je la remonte. Jour apr\u00e8s jour, je vais la relever. Un jour que je l\u2019avais emmen\u00e9e aux toilettes, elle me regarde, toute pudeur envol\u00e9e depuis bien longtemps, et me dis que je suis bien gentille.<br \/>\nJe lui dis que c\u2019est normal, qu\u2019elle ferait pareil pour moi. Je me souviens encore du silence. Oh pas bien long, une h\u00e9sitation. \u00ab Je ne sais pas \u00bb finit-elle par l\u00e2cher. Et puis un soir, elle souffre.<br \/>\nL\u00e9on ne se rappelle plus o\u00f9 sont les papiers de l\u2019h\u00f4pital. Il ne sait plus ce qu\u2019elle doit prendre comme m\u00e9dicaments. Ils ont froids. Je n\u2019ose pas allumer le po\u00eale, j\u2019ai peur qu\u2019il prenne feu et que la maison br\u00fble. Je ne sais plus que faire. \u00c7a fait des mois qu\u2019elle me dit que le cancer est en phase terminale. Pourtant \u00e0 l\u2019h\u00f4pital ils l\u2019ont renvoy\u00e9e chez elle. Rien dans le r\u00e9frig\u00e9rateur.<br \/>\nIl reste les plateaux repas de la mairie. L\u00e9on me donne le demi pamplemousse. Ben oui, ils n\u2019aiment pas \u00e7a le pamplemousse. Je les regarde assis l\u00e0, \u00e0 la d\u00e9rive, d\u00e9munis, et je finis par appeler le SAMU. Je r\u00e9ponds aux questions, je m\u2019excuse, ce n\u2019est peut-\u00eatre pas une urgence, je ne sais pas. L\u2019homme au t\u00e9l\u00e9phone est gentil, rassurant. En attendant l\u2019ambulance, je cherche dans les tiroirs les papiers de la S\u00e9cu, le carnet de ch\u00e8que. Je cherche une chemise de nuit, un pyjama, L\u00e9on ne peut pas rester seul, il faut qu\u2019il parte avec elle. Je n\u2019en trouve pas de propre. Je rassemble tout \u00e7a dans un petit sac. Tout ce qu\u2019ils emporteront de leur maison. Les infirmiers, le fauteuil roulant, l\u2019ambulance. Au revoir. Mais il n\u2019y aura pas de revoir.<\/p>\n<p><strong>Aujourd\u2019hui\u2026<\/strong><\/p>\n<p>\u00c7a fait 6 mois. L\u00e9ontine est enterr\u00e9e et L\u00e9on est parti quelque part \u00e0 la campagne, dans une maison de retraite. Dans la maison \u00e0 c\u00f4t\u00e9, il y a des nouveaux. Un jour, une dame qui passait devant ma grille m\u2019a dit bonsoir. Je n\u2019ai pas r\u00e9pondu. Qui c\u2019est celle-l\u00e0 ? Je ne la connais pas.<br \/>\nPuis j\u2019ai entendu la cl\u00e9 tourner dans le portail aux couleurs de capuccino\u2026<\/p>\n<p><strong>Isabelle Roche<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un article d&rsquo;Isabelle Roche Un jour de novembre\u2026Brrr, il ne fait pas bien chaud ce matin. Un beau soleil d\u2019hiver brille sur la ville. 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