Nous contacter

78 avenue du Général Michel Bizot
75012 PARIS

Nous appeler

Où allez-vous quand vous n’êtes plus chez vous ? par Jean Luc Monsempès

Quelles histoires nous racontons nous quand nous quittons le présent ? Quand nous allons bien, nous sommes présents à nous-mêmes et centrés. Mais dès que nous rencontrons quelque chose que nous ne voulons pas vivre, une réaction de stress apparaît et notre mental active un programme de survie destiné à protéger notre ego. Car cet égo est perçu à cet instant comme la seule issue pour continuer à exister. L’ego est une composante identitaire, une image idéalisée du soi. L’ego est comme un grand sac noir dans lequel nous rassemblons l’ensemble des éléments auxquels  nous nous sommes identifiés pour être accepté et réussir dans le monde. Un ego que l’on va tenter de protéger à tout prix, tant que j’ai la croyance que je n’ai rien d’autre à mettre à la place. Et un ego qui nous persécute émotionnellement. Car la plus grande peur de l’ego est son extinction. Comment savons-nous que nous sommes dans notre ego ? En fait la plupart du temps, ou du moins dès qu’un stress apparaît. Dès que nous quittons l’ici et maintenant, nous sommes rapidement emportés par notre ego vers des émotions peu inconfortables. Dès que vous êtes dans le désir, l’exigence, la comparaison et le jugement, vous confiez à votre ego les commandes de votre vie. La nature des émotions ressenties sera fonction des processus d’identification utilisés, et en particulier des pensées auxquelles nous nous accrochons. Cet article propose d’établir le lien entre nos modes de pensée à propos de « qui nous sommes » et les émotions qui s’y rapportent. Cet article fait de nombreuses références à la PNL et à l’ouvrage de Richard Moss « Le Mandala de l’être ».

Les trois dimensions du champ de la conscience

Toute pensée humaine s’inscrit dans un espace à trois dimensions :
le niveau d’abstraction de la pensée ou la taille de découpage de l’information traitée. Le modèle des niveaux logiques de la pensée de Robert Dilts est un exemple PNL de niveaux d’abstraction : Environnement, Comportements, Capacités, Valeurs et croyances, Identité et Spiritualité.
la source de la pensée, avec l’observateur et l’objet observé. Avec la programmation neuro-linguistique (PNL) nous parlerons de position de perception : moi (1ère position), autre (2ème position), observateur (3ème position).
le cadre du temps de la pensée (passé, présent, futur).

Psycho-geo-des-emotions1

 Dans « le Mandala de l’être » de Richard Moss, on retrouve ces éléments organisés sous forme de carte avec les directions du temps, et les deux directions de la source d’observation. Au centre vous pouvez imaginer les niveaux d’abstraction concernant l’identité.

Psycho-geo-des-emotions2

Pour Richard Moss, il y a donc quatre manières différentes de quitter l’ici et maintenant. Ce sont les quatre directions vers lesquelles notre mental peut nous emporter. Ces quatre directions peuvent être représentées comme les pôles de deux continuums qui se recoupent : la conscience des frontières temporelles (passé/présent/futur) et la conscience des frontières sujet/objet (Moi/Autre)

La conscience du temps

Le continuum du temps est constitué du passé, du présent et du futur. Quand nous quittons le moment présent intemporel pour rentrer dans le temps, notre pensée se retrouve soit dans le passé, soit dans le futur. Il ne s’agit pas d’un “vrai” passé ou d’un “vrai” futur, mais de la représentation individuelle du passé ou du futur qui régit notre identité à un instant précis. Et nous allons attribuer au passé et au futur le pouvoir de conditionner notre présent. Par exemple, si vous avez un méta-programme (schéma de pensée) identitaire “procédure”, vous allez considérer que ce que vous êtes dans le présent est la résultante de ce que vous avez été dans le passé. Un méta-programme identitaire “Option”, vous fera considérer que ce que vous projetez d’être dans le futur détermine votre identité au présent. Passé et futur peuvent être perçus comme des amis ou des ennemis, en fonction du contenu de vos représentations mentales.

Notre façon d’anticiper l’avenir va donner à notre présent et selon nos schémas de pensée, une tonalité d’espoir (Aller vers) ou d’anxiété (s’éloigner de). De même, notre façon de se remémorer le passé va colorer notre présent de sentiments de satisfactions ou de regrets.  

La conscience Moi-Autre

Comment savez-vous qui vous êtes ? Pour répondre à cette question, nous avons besoin d’une part d’un observateur de l’objet  observé (vous-même) et d’autre part de normes d’évaluation à satisfaire pour « être ». Je ne peux donc avoir le sentiment d’être que s’il y a un autre qui observe et valide que je suis. Quand il existe un moi, il existe également un autre qui m’observe et un autre à observer. Bien évidement ces deux pôles moi/autre existent au sein des frontières psychiques d’une même personne : le moi (égo) a été construit pour exister aux yeux de quelqu’un d’autre qui peut être maintenant en moi.

La position de perception du moi/je (mes valeurs et croyances, mes pensées, mes émotions, mes comportements…etc.), me permet d’être en rapport permanent avec une perception du toi/autre (personne, objet, activité, information, espace…etc.). Les deux pôles du continuum moi/autre vont s’influencer de façon permanente. Comme le yin et le yang s’influencent constamment. Notre manière de nous percevoir (plutôt confiant ou inquiet) influence notre manière de percevoir l’autre (en moi ou à l’extérieur de moi) ou une situation. De même, la façon de percevoir ou de juger l’autre (avec des critiques ou des louanges) va se répercuter sur notre manière de nous percevoir. La réciprocité de la relation entre le sujet et l’objet est incontournable.

La conscience du tout

Les deux continuums du temps et du sujet se croisent dans un centre qui symbolise le présent ou l’immédiateté de notre être. C’est le lieu d’un  “je suis” sans objet du verbe ni temporalité, ni identification. Un lieu où nous sommes un car il n’existe plus de séparation entre l’expérience et l’expérimentateur. Le lieu où toutes les forces opposées de notre vie ont leur source commune et peuvent donc être intégrées. Le lieu d’un “je” capable de rassembler tout ce que j’ai été,  et tout ce que je peux devenir. Richard Moss dit que “ce point d’intersection peut être compris comme la place de la conscience vierge d’un être pur dans laquelle sujet et objet, aussi bien que passé et futur, fusionnent, ne laissant plus qu’un état de conscience pur et unitif”.

Quand nous sommes pleinement dans le présent, nous n’avons plus besoin de la pensée pour définir qui nous sommes ; nous sommes, tout simplement. Dans le présent, les distinctions temporelles (passé/futur) ou de position de perception (moi/autre) n’ont plus d’utilité pour nous définir. Ce que je suis n’est alors plus le prolongement de mes conditionnements de survie, ni ce reflet de nous-même dont nous faisons dériver notre identité.

Comment construire nos histoires ?

Le grand cercle représente l’ensemble de nos identités, avec au centre un « Soi » qui intègre la totalité de ce que nous sommes dans le présent, et en périphérie le champ de nos identités limitées, liées aux frontières mentales du temps et des positions de perception. C’est l’espace des croyances concernant les différentes identifications que nous pouvons adopter et les liens de cause à effet que nous pouvons faire entre ces identifications ; c’est également l’ensemble des histoires que nous nous racontons sur nous-même et les autres, et les émotions que ces histoires produisent.

Des histoires pour rassurer notre ego

Nous obéissons à ces histoires pour rassurer notre ego et lui éviter de vivre des ressentis associés à une extinction du Soi (notre nature unique et profonde, notre essence, notre âme…etc.) ; Cet espace est celui de notre complexité et de nos contradictions qui nous amènent parfois à être reconnaissant ou rancunier, confiant ou craintif, paisible ou violent, aimant ou haineux. Comment expliquer que nous nous accrochons tant à notre ego ? Notre nature unique ne peut exister tant qu’elle n’a pas été parrainée, c’est-à-dire, reconnue et bénie par des personnes importantes pour nous. Un processus qui se déroule dans l’enfance. L’enfant ne pourra jamais s’approprier son univers s’il n’a pas été parrainé par son entourage. L’enfant va alors grandir sans un réel sens du Soi (sa nature profonde et singulière), en adoptant inconsciemment une identité de substitution plus conforme aux attentes ou besoins des parents, et plus tard aux attentes de sa famille, ses amis, les membres de sa profession.  Si je ne peux être reconnu pour ce que je suis, je peux vivre séparé du Soi, en « exil de moi-même » et développer parfois « une haine de Soi ». Vivre hors de chez soi procure un sentiment de danger permanent. Nos souffrances viendront du fait d’avoir à considérer l’autre comme un ennemi ou comme un sauveur. Nous pouvons croire que l’autre est la source de tous nos malheurs ou croire que l’autre peut nous sauver, grâce à son amour, son attention, son pouvoir ou son argent.

La recherche d’un sauveur nous amène à développer des relations de co-dépendances, des relations fusionnelles marquées par la croyance que les individus sont reliés par la crainte inconsciente qu’en l’absence de l’autre ils ne pourraient pas survivre ou réellement exister.  Dès que nous perdons contact avec nous-même, nous pouvons nous perdre facilement en l’autre ou ce qu’il représente (argent, pouvoir, amour, salut divin…etc.). Dès que nous nous éloignons du présent de notre centre, nous nous crispons dans une identification qui va entretenir le sentiment de séparation de nous-même, et qui devra être défendue.

Notre mode pensée habituel devient stratégique et est dominée à des degrés variables par la peur, la méfiance, le calcul et la survie. Si notre mental est conditionné pour vivre à distance du centre du présent, sachez que nous considérerons les autres à partir de notre ego, dont la nature est de désirer, exiger, comparer et juger. Dissimulée par l’habitude, l’ego opère en toute impunité et exige toujours plus de connaissance, d’amour, de reconnaissance, de succès et d’argent. Cette quête permanente du toujours plus de l’ego nous éloigne de la satisfaction profonde d’être « chez Soi dans le présent » et génère des tensions plus ou moins grandes. L’ego produit des points de vue erronés qui nous empêchent de voir notre propre nature profonde et celle des autres.

Explorer les dynamiques émotionnelles avec le Mandala de l’être

Le Mandala de l’Etre de Richard Moss est un modèle d’auto-investigation des dynamiques émotionnelles spécifiques qui gouvernent la vie de chacun. Les quatre directions du Mandala permettent de comprendre comment nous entretenons de fausses identités par le biais des histoires (ou croyances) que nous nous racontons à propos de qui nous croyons être. Le Mandala nous aide à prendre conscience que la plupart de nos pensées ne sont qu’illusions, mais des illusions qui impactent pourtant grandement nos ressentis et nos états d’être. Le Mandala apporte également une aide à la réorientation vers le présent du « Soi » dans lequel nous pouvons vivre de façon authentique et spontanée, dans l’acceptation de soi et des autres.

Richard Moss cite la métaphore de la bouteille : imaginez une bouteille en plastique pleine d’eau dans laquelle on ajoute un peu de terre. Quand la bouteille est au repos, la terre se dépose au fond et l’eau redevient presque claire. Mais si on secoue la bouteille, l’eau se trouble immédiatement et il faut un long moment avant que la terre ne se redépose au fond. La bouteille d’eau est comme notre corps et les impuretés sont comme les pensées qui génèrent des ressentis de colère, rancune, tension, anxiété…etc. Quand nous sommes en nous-mêmes et centrés, notre être devient plus calme et plus clair, les émotions et le stress peuvent s’y déposer. Mais dès que nous nous racontons une histoire sur nous-même ou les autres (en désirant, exigeant, jugeant, comparant…etc.) grâce aux artefacts de la pensée et du langage (par exemple avec les omissions comparatives, « je dois être plus ceci ou moins cela…etc. » ; ou les généralisations « je ne serai jamais ceci ou cela…etc. ») c’est comme si nous agitions la bouteille. Notre sens de soi est immédiatement pollué par des sentiments de peur, de culpabilité, de honte ou de colère.

Quand le mental quitte le présent, nous avons une tendance permanente à faire des omissions, des généralisations et des distorsions. Le mental interprétatif ne peut comprendre une expérience sans comparaison avec une précédente expérience. Si le processus de comparaison est indispensable à toute forme d’apprentissage ordinaire (non génératif), il est également le meilleur moyen de nous dévaloriser (par exemple la comparaison d’un moi actuel à un moi passé ou futur, ou la comparaison d’un moi à d’autres ou à ce qu’ils incarnent). Le fait de comparer sans cesse nos expériences actuelles avec celles du passé signale souvent la présence d’un moi antérieur qui s’est consolidé vers l’âge de 5 ans et qui reste très actif par les prolongements qu’il apporte au présent. L’adulte peut continuer à utiliser automatiquement les systèmes de défense archaïques qui fonctionnaient dans son enfance, parce qu’il évalue inconsciemment sa vulnérabilité présente comme s’il était encore un enfant de 5 ans. Le mental interprétatif va également expliquer n’importe quel événement en lui trouvant des causes (« Si je suis comme cela, c’est par ce que … ») ou des conséquences (« Le fait d’être comme cela va entraîner …etc.)

A suivre : psycho-géographie des émotions- 2/3

Référence : le Mandala de l’être de Richard Moss


administrator