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De Milton Erickson à Gregory Bateson, par Michael Hall

La programmation neuro-linguistique (PNL) a été créée par Richard Bandler, John Grinder, Frank Pucelik, ainsi que deux groupes de personnes moins connues entre 1972 et 1976 au Kresge College du campus de l’Université de santa Cruz en Califonie. De nombreuses sources ont nourri ce que ces pionniers faisaient (des sources qui ont contribué à ce que la PNL est aujourd’hui). Certaines de ces sources originales sont connues et évidentes. (Fritz Perls et la Gestalt, Virginia Satir et les Systèmes Familiaux, Milton Erickson et l’hypnose). D’autres sources sont moins connues (Korzybski et la Sémantique Générale, George Miller et la Psychologie Cognitive, Noam Chomsky et la Grammaire Transformationnelle, Gregory Bateson et les systèmes, Abraham Maslow et Carl Rogers et le Mouvement du Potentiel, Robert Dilts et Steve et Connaire Andreas). Le premier article est consacré aux apports de Fritz Perls et Virginia Satir à la PNL; L’article ci dessous présente les apports de Milton Erickson et Gregory Bateson à la PNL.

 

Les apports de Milton Erickson à la PNL

Voici quelque chose que la plupart des gens ignorent  à propos de la PNL : à ses débuts, on lui donna le nom de Méta. Et les personnes impliquées dans le champ de la PNL  étaient les gens de la Méta. C’est fin 1976 que le terme « Programmation Neuro-Linguistique » a été inventé et utilisé. C’est la raison pour laquelle le terme de PNL n’est pas mentionné dans les premiers ouvrages comme « La Structure de la Magie, Modèles de Milton H. Erickson, le changement avec les familles ». Au début,  les groupes Méta pré-PNL se sont concentrés sur la Gestalt (le premier groupe était le Cours de Gestalt à l’Université) puis le second groupe se concentra sur les premiers modèles : Systèmes de Représentation (de Perls et Satir), le Méta-Modèle (avec des distinctions linguistiques de Perls et Satir) et enfin La Grammaire Transformationnelle de Grinder (GT) relevée de son ouvrage de 1976 dans lequel il a cherché à démystifier la GT.

Puis soudain tout semble changer. Que s’est-il passé ? Gregory Bateson a présenté Richard et John à Milton Erickson et ils découvrirent un nouvel ensemble de distinctions linguistiques: les modèles de langage hypnotique. Alors qu’ils les étudiaient et qu’ils modélisaient les travaux d’Erickson, ils créèrent une liste de distinctions linguistiques qui détaillait le fonctionnement de «l’hypnose». Ils nommèrent affectueusement cet ensemble de distinctions le modèle Milton. La structure de ce qui est appelé «hypnose» fonctionne via la communication, une manière spécifique d’être précisément vague ( !).

En lisant l’histoire de la PNL et en échangeant avec ceux qui étaient là au début, je comprends que les choses ont radicalement changé à partir du moment où les modèles du langage hypnotique ont été ajoutés à la PNL. Auparavant,  les distinctions de la communication en PNL se concentraient sur la recherche de précision et de clarté. Par la suite, avec l’exploration des états et comportements qui pouvaient être induits chez les personnes avec de nouvelles distinctions PNL en communication, la PNL a commencé à être perçue comme «manipulatrice».  Il convenait de rechercher comment ces phénomènes hypnotiques décrit dans des livres sur l’hypnose pouvaient être reproduits par l’utilisation du modèle Milton.

La lecture du livre «The Wild Days of NLP» de Terry McClendon me laisse penser qu’avec le langage hypnotique tout changea dans les débuts du mouvement de la PNL. D’un seul coup, la PNL (ou Méta) ne mettait plus l’accent sur la recherche de précision, la spécificité, et l’expertise à modéliser des comportements observables. Désormais, le groupe changeait pour se focaliser sur la manière d’induire des états hypnotiques chez les personnes (faire des choses aux gens ). Et oui, même si parfois cela améliorerait l’existence des individus et permettait de développer de nouvelles ressources, c’était souvent du nombrilisme.

Ce qu’Erickson a apporté à la PNL consistait principalement en les schémas de langage hypnotique, le Milton Modèle. Le groupe découvrit que, si  le Méta-Modèle pouvait ramener une personne dans une expérience de vie réelle et l’enraciner dans des référents sensoriels voir, entendre, ressentir, le Milton Modèle pouvait emmener une personne dans la  direction inverse. Le Milton modèle peut emporter la personne bien loin dans son imagination et dans ses rêves et espoirs les plus fous. Il emmène la personne au royaume des nominalisations non spécifiques et des noms et verbes non spécifiques : «Et vous pouvez apprécier une relation amoureuse profonde avec vos proches et ressentir une profonde connexion et du soutien comme vous ne l’avez jamais ressenti auparavant.»

Erickson a également contribué à une appréciation plus profonde de la notion de synchronisation et conduite. Nous apprenons d’Erickson le modèle «synchroniser, synchroniser, synchroniser, conduire». Le jeune groupe Méta a appris combien il était important de matcher/synchroniser, synchroniser, synchroniser sur l’expérience d’une personne. Ce faisant, en synchronisant, Milton pouvait créer une profonde connexion inconsciente qui permettait à la personne d’être plus ouverte au changement. Erickson fit également progresser l’idée que chaque personne possède sa propre carte du monde et qu’il convient de créer une nouvelle théorie de la personnalité pour chaque personne. C’est ce qu’il fit. Ces pratiques soulignèrent ses attitudes de respect absolu et de curiosité envers ses clients. Milton Erickson lui-même avait une attitude profondément éthique et ne tolérait pas la manipulation.

Bien sûr, en tant que médecin et psychiatre, le travail d’Erickson se concentrait d’abord et avant tout sur la santé, le bien-être, la maladie, la gestion de la douleur etc. Il avait introduit l’Hypnose Médicale dans la communauté psychiatrique des années 50 et des séries de livres sur ses séminaires: «Guérir en hypnose» (1983), «Le Recadrage de vie en hypnose» (1985), «La communication Corps Esprit en hypnose» (1986), tout comme d’autres livres focalisés en priorité sur les états médicaux. Cependant, la PNL ne retint pas cela d’Erickson. Si elle l’avait fait, nous aurions disposé de tout un ensemble de modèles similaires au schéma PNL «traitement de l’allergie» de Robert Dilts. Et ceci reste d’ailleurs, toujours un domaine ouvert et quasiment pas exploré de la PNL.

Ce que je retiens de l’exploration de l’hypnose et des modèles du langage hypnotique par la PNL, c’est que malheureusement certaines personnes (pas toutes bien sûr) utilisent la PNL pour manipuler. Après tout, le Méta-Modèle déshypnotise les personnes. Cela les sort de leurs nominalisations et modèles imprécis du monde et leur fait reprendre contact avec le monde réel. Mais avec ces nouveaux schémas de langage,  les quelques personnes qui s’étaient approchés de la PNL sans éthique ou professionnalisme ont commencé à l’utiliser pour vendre, négocier, séduire, etc.

A l’inverse, le Milton Modèle induit des états chez les personnes, et dans un cadre de travail dans lequel le client  ne sait pas ce que vous faites. Bandler et Grinder pensent toujours de la sorte à ce jour. De différentes manières, ils disent que l’ «on ne peut pas faire confiance à l’esprit conscient sur ce qui est le meilleur pour lui, on peut seulement se fier à l’esprit inconscient». Ceci amène à l’étape suivante: 

«En tant que votre thérapeute ou praticien, je sais ce qui est le meilleur pour vous, ainsi, maintenant je vais m’adresser à votre esprit inconscient. Aussi, vous pouvez partir (esprit conscient ?) et je vous donnerai ce que vous voulez, vous n’avez pas besoin de savoir ce que je fais ou comment je le fais. »

Rien d’étonnant à ce qu’on trouve cette idée, véhiculée par des praticiens de la PNL que la « PNL soit manipulatrice. » Elle l’est dans les mains de certaines personnes. Ces personnes ont utilisé le Milton modèle pour faire des choses aux personnes secrètement avec ou en absence de leur compréhension et leur approbation. En Neuro-Sémantiques, nous avons considéré cela et depuis le début, comme non-éthique et avons appris à nos formateurs et stagiaires à ne pas utiliser les schémas du langage hypnotique de cette manière. Nous avons même retiré la licence aux quelques personnes qui avaient agi ainsi. Nous tenons à travailler avec des individus de façon explicite et ouverte. Dans le code d’éthique qui régit notre utilisation de la PNL et de la Neuro-Sémantique, nous mettons l’accent sur le respect, la compréhension, la transparence et la permission.

La technologie des schémas de l’hypnose était utilisée sans l’attitude d’Erickson de respect et qui honore les personnes.

Erickson a apporté à la PNL le comment induire un état en tant que nature positive de notre esprit « plus large », l’esprit qui est typiquement hors de notre conscience et comment puiser dedans en tant que ressource positive. Il a contribué au développement de la notion de métaphore isomorphique, qui consiste à parler à quelqu’un en utilisant une analogie correspondant à la structure de pensée de la personne. David Gordon a écrit un livre incroyable à ce sujet (Métaphores Thérapeutiques) qui intègre dans les métaphores isomorphiques des systèmes de représentation, des sous-modalités et une stratégie.

A ce jour, l’utilisation du langage hypnotique présente un défi unique. Un aspect de ce défi se rapporte aux compréhensions erronées de l’hypnose et des mythes qu’ils véhiculent : penser qu’il s’agit de contrôler l’esprit et faire faire aux gens des choses qu’ils ne veulent pas faire. Un autre aspect du défi se rapporte à la responsabilité de celui qui guide une personne dans son monde intérieur d’une manière qui respecte la personne et ses valeurs.

Erickson a beaucoup apporté à la PNL. Bateson et lui ont été des amis de toute une vie bien avant l’émergence de la PNL. Et comme le notait Wyatt Woodsmall, à l’instar de Virginia et de Fritz, la PNL n’a pas modélisé  leur attitude, leur esprit, leurs croyances, etc. mais leurs produits : ce qu’ils firent de leur schémas linguistiques et comportementaux. La PNL aurait beaucoup gagné si ses pionniers avaient modélisé les attitudes de Virginia et de Milton.

Les contributions de Gregory Bateson à la PNL 

Dans le champ de la  PNL, Gregory Bateson est considéré comme l’un de ses «grands-pères». Avec Alfred Korzybski, Abraham Maslow et Carl Rogers et peut-être aussi George Miller et Noam Chomsky, Bateson a contribué aux informations sur le contenu de la PNL quand  elles apparurent au début (entre 1972 et 1976). Oui, la PNL a du contenu !

Quand la PNL a débuté à la toute nouvelle faculté de style alternatif (Kresge College) sur le campus de l’Université de Californie à Santa Cruz, Gregory Bateson, un anthropologue britannique et expert de la pensée systémique venait d’être engagé en tant que professeur. Avant cela, Bateson s’intéressait à presque tout. Ce n’était pas seulement un incroyable savant, il était l’une des personnes la plus interdisciplinaires qui soit. Il débuta sa vie professionnelle en tant qu’anthropologue avec Margaret Mead (sa première épouse), il étudia la transe (Bali), les dauphins (Hawaïï), l’alcoolisme, la schizophrènie, la cybernétique, la biologie, la génétique (son père était un généticien connu), l’épistémologie, la politique, la conscience et la liste n’est pas exhaustive.

L’histoire de Bateson remonte aux débuts du Mouvement du Potentiel Humain car sa femme Margaret Mead était la protégée de Ruth Benedict (l’un des premiers mentors de Maslow avec Max Wertheimer le co-fondateur de la Gestalt Psychologie. Il était également en lien avec Korzybski car il prit la parole à la Conférence de Sémantique Générale en 1969 à propos de  «la différence qui fait la différence» en explorant ce qui s’est greffé à la carte .

Bateson a joué un rôle crucial dans la création de la PNL et on pourrait dire que sans son approbation initiale, la PNL n’aurait pas pu obtenir l’influence internationale qu’elle possède. Grinder l’a reconnu dans le livre «Origines de la PNL». Tout d’abord, Bateson a été le professeur de presque tous les premiers pionniers de la PNL qui ont tous suivis ses cours. Ensuite, il a écrit la préface du livre «La Structure de la Magie» et a convaincu les éditeurs de la valeur de ce livre. Enfin, il a présenté les pionniers de la PNL  à Milton Erickson. En introduisant le second atelier du Mouvement du Potentiel Humain à Esalen en 1963 puis en y déménageant en tant « Savant en Résidence» pour y décéder en 1980, Bateson était aussi un pionnier de la seconde génération de ce Mouvement du Potentiel Humain.

Quelles furent les contributions de Bateman à la PNL ? Il apporta un cadre, un recadrage, une forme, une modélisation. En fait, c’est lui qui introduit les termes de cadre, cadrage et recadrage qu’il découvrit lors de ses études d’anthropologie, dans ses recherches pour comprendre la schizophrénie et dans les niveaux logiques d’apprentissage et de changements.

Plus tard, Bateson étudia la pensée systémique et fut un pionnier des approches des systèmes. Il s’exprima aux conférences Macy en cybernétique dans les années 40 et 50. Cette pensée correspond bien aux systèmes holistiques de la Gestalt, aux systèmes familiaux de Satir et aux systèmes non-aristotéliciens de Korzybski. Pas étonnant que la pensée sytémique soit au cœur de la PNL. Presque toutes les sources de la PNL incluent la pensée et le travail systémique.

En mettant l’accent sur les systèmes, Bateson a apporté à la PNL les notions de flexibilité et d’écologie. Plusieurs postulats de la PNL proviennent directement de la pensée systémique : « Dans un système, la personne la plus flexible aura le plus d’influence (contrôle). » Et à partir des systèmes, nous avons pu porter notre attention aux notions de feed-back et le feed-forward.

Bateson a contribué aux niveaux logiques et à la terminologie de méta. Maslow en avait introduit le terme, en parlant de méta-salaires et d’autres utilisations de méta. Ce fut cependant Bateson qui conceptualisa le fonctionnement des niveaux logiques : comment les niveaux supérieurs gouvernent et dirigent les niveaux inférieurs, comment l’interdiction de passer à un cadre (méta) plus élevé explique les symptômes de la schizophrénie et comment le fait d’opérer un méta mouvement permet le début de résolution de cette confusion. A partir de là, Robert Dilts a créé les Niveaux Neuro-Logiques de la PNL et j’ai créé le modèle des Méta-États.

Bien avant les distinctions du Méta-Modèle héritées de la Grammaire Transformationnelle, Bateson identifia de nombreux problèmes par des mots et des étiquettes (verbales). Il s’exprima sur le faux caractère concret (réification) de certains mots: ce qu’on appelle «nominalisations» en PNL. (la réification (du latin res, chose) consiste à considérer une idée abstraite comme une chose concrète) Bateson se concentra sur la façon dont les mots décrivent les choses et les rendent intelligibles et sur l’importance de clarifier nos termes. 

« Le soi est une fausse réification d’une part délimitée de façon inappropriée de ce champ plus large de processus emboités. » (1972, p. 331)

Bateson mît l’accent sur la communication non-verbale, sur les actions qui communiquent, sur les actions qui indiquent une négation et via Bateson, on reconnaît que la PNL elle-même est une épistémologie. C’était le thème de la cinquième partie de l’ouvrage  “Vers une écologie de l’esprit”.

«Les processus mentaux, idées, communication, organisation, différentiation, modèle, etc. sont des questions de forme plutôt que de substance.» (p. XXXII)

Cependant,  la PNL aurait pu apprendre beaucoup plus de Bateson. Par exemple, la pensée anthropologique et la modélisation de Bateson aurait pu développer ce que nous pratiquons en PNL. Cela aurait pu apporter un éclairage sur les niveaux de pensée plus large que ceux qui se rapportent aux individus : par exemple les niveaux de la culture, la politique, etc. Son travail sur les mots et le langage l’a amené à écrire abondamment sur la pensée critique, pour sortir des embrouilles, éviter les pensées de mauvaise qualité, apprendre à penser de façon directe, etc. Voilà des thèmes qu’il aborde dans son ouvrage de 1972 ‘”Vers une Écologie de l’Esprit”. Il y consigne aussi les Métalogues: des conversations humoristiques et imaginaires avec sa fille qui traitaient de sujets difficiles abordant «la structure de la conversation dans son ensemble».

Auteur : L. Michael Hall, Ph.D. Neuro-Semantics Executive Directo meta@acsol.netNeurons Meta Reflections Neurosemantic-History of NLP  

Bibliography:

Andreas, Steve. (1991). Virginia Satir: the Patterns of her Magic, (1991), Palo Alto, CA: Science and Behavior Books, Inc.
Bateson, Gregory. (1972).  Steps to an ecology of mind.  New York: Ballantine Books.  Reprinted (2000), University of Chicago.
Hall, L. Michael. (2003).  The Bateson Report.   Clifton, CO: Neuro-Semantic Publications.
Hall, L. Michael. (2008).  Meta-States.  Chapter 17 “Meta-States Epistemology.”
Hall, L. Michael. (1997).  NLP Going Meta.  Chapter 7.  “Bateson’s Logical Levels of Learning.”
Korzybski, Alfred. (1933/ 1994).  Science and Aanity: An Introduction to Non-Aristotelian Systems and General Semantics, (5th. ed.).  Lakeville, CN: International Non-Aristotelian Library Publishing Co.
Perls, Fritz.  (1973).  The Gestalt Approach and Eye Witness to Therapy. CA: Science and Behavior Books.
Perls, Frederick; Hefferline, Ralph; Goodman, Paul.  (1951).  Gestalt Therapy: Excitement and Growth in the Human Personality.  New York: Dell Publishing Co.
Satir, Virginia.  (1972).  Peoplemaking.  Palo Alto, CA: Science and Behavior Books, Inc.

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