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Sources des contributions à la PNL-3/4

Alfred Korzybski, Noam Chomsky, Georges Miller, par Michael Hall

La programmation neuro-linguistique (PNL) a été créée par Richard Bandler, John Grinder, Frank Pucelik, ainsi que deux groupes de personnes moins connues entre 1972 et 1976 au Kresge College du campus de l'Université de Santa Cruz en Califonie. De nombreuses sources ont nourri ce que ces pionniers faisaient (des sources qui ont contribué à ce que la PNL est aujourd'hui). Certaines de ces sources originales sont connues et évidentes. (Fritz Perls et la Gestalt, Virginia Satir et les Systèmes Familiaux, Milton Erickson et l'hypnose). D'autres sources sont moins connues (Korzybski et la Sémantique Générale, George Miller et la Psychologie Cognitive, Noam Chomsky et la Grammaire Transformationnelle, Gregory Bateson et les systèmes, Abraham Maslow et Carl Rogers et le Mouvement du Potentiel, Robert Dilts et Steve et Connaire Andreas). Le premier article est consacré aux apports de Fritz Perls et Virginia Satir à la PNL; Le deuxième article est consacré à Gregory Bateson et Milton Erickson. L'article ci dessous présente les apports de d'Alfred Korzybski, Noam Chomsky, Georges Miller à la PNL.

Les contributions d'Alfred Korzybski à la PNL

Comme Bateson, Alfred Korzybski a été l’un des « grands-pères» de la PNL. Et tous deux étaient en lien. Au début des années 50, Bateson a publié de nombreux articles dans « ETC. », le Journal de la Sémantique Générale qui sont aujourd’hui intégrés dans le livre « Etapes vers une Écologie de l’Esprit » (1972). Bateson a même travaillé à la formulation de Korzybski « La carte n’est pas le territoire ». En 1969, lors de sa présentation à la Conférence Internationale de Sémantique Générale, il a développé ses travaux de recherches à propos de la question « qu’est-ce qui se passe sur la carte ? » et a répondu en parlant de « la différence qui fait la différence ».

Richard Bandler et John Grinder ont extrait des travaux de Korzybski, et mis dans leur livre « La Structure de la Magie» cette célèbre citation: «La carte n’est pas le territoire». Partant du principe que nos cartes mentales (notre modèle du monde dans nos têtes) ‘n’est pas le territoire’ mais une carte de celui-ci, c’est au mieux ´un fac-similé’ de cette réalité extérieure. Nous utilisons donc le modèle que nous créons pour nous guider dans le monde.

« ... d’importantes caractéristiques des cartes doivent être notées. Une carte n’est pas le territoire qu’elle représente, mais, si elle est correcte, elle a une structure similaire au territoire, qui compte pour son utilité » (‘Science et Santé Mentale ´, p. 58-60)

En dépit des 830 pages de l’ouvrage ´Science et Santé Mentale, c’est la seule citation qu’ils ont retenu de Korzybski. Ont-ils retenu d’autres terminologies de Korzybski ? Comme par exemple les termes « Neuro-linguistique » ? Korzybski l’utilisa à de nombreuses reprises et dans les années 40, il a parcouru les États-Unis pour y donner des «formations en Neuro-Linguistique ». Après tout, en tant qu’ingénieur, Korzybski remplit ses ouvrages de modèles et de structures et même de mathématiques sur la manière de concevoir des aspects de l’expérience humaine.

L’une des distinctions de Korzybski concernait les humains en tant que ‘reliés au temps ou «time-binders». Korzybski établissait des comparaisons entre les caractéristiques de vie des plantes, des animaux et des humains. Les plantes ´sont reliées’ aux produits chimiques en elles-mêmes, les animaux ´sont reliés’ à l’espace par le mouvement et les humains ´sont reliés’ au temps : nous pouvons incorporer en nous-mêmes les apprentissages des personnes de périodes de temps antérieurs. Puis, il créa une ´Théorie du Time-Binding’. Par la suite, il décida de la nommer "L’Art et la Science de l’Ingénierie Humaine" puis finalement la "Sémantique Générale "´.

La suite de la citation concernant la carte et le territoire est moins connue, parce que la plupart des gens ne lisent pas les sources originales. Voir la quatrième phrase de la citation que j’ai notée en italique :

« Une carte n’est pas le territoire qu’elle représente, mais, si elle est correcte, elle a une structure similaire au territoire, qui compte pour son utilité ... si nous réfléchissons à notre langage, au mieux ils doivent être considérés « uniquement comme des cartes ». Un mot « n’est pas » l’objet qu’il représente et le langage a aussi cette autoréflexivité particulière permettant de l’analyser par des moyens linguistiques. « Cette autoréflexivité du langage introduit de sérieuses complexités qui ne peuvent être résolues que par la théorie de ’la multi-ordinalité ». le manque d’intérêt pour ces complexités représente pour le  quotidien et la science  un risque tragiquement désastreux. » (p. 58, italics added)

Au début, Grinder et Bandler citèrent Korzybski « une carte n’est pas le territoire» mais n’allèrent pas au-delà. Les années passant, je me suis demandé si Richard ou John avaient même lu le travail original de Korzybski. Si tel était le cas, pourquoi n’ont-ils pas retenu l’importance de l’autoréflexivité et de l’ordinalité ? A mon avis, ils ont relevé cette citation dans les travaux d’autres auteurs et n’ont jamais étudié directement Korzybski.

Vingt ans après, ce fut mon privilège de le faire. En 1991-1992, j’ai donc commencé à écrire une série d’articles sur les ´distinctions inconnues du Méta-Modèle ´ de Korzybski que j’ai publié dans ‘Anchor Point ´(1991-1993). En 1994, j’ai créé le modèle des États Métas  en utilisant la distinction de l’auto-réflexivité de Korzybski.

Korzybski ayant précisement fondé la ´Sémantique Générale´ en linguistique, il s’est focalisé sur le mode de fonctionnement du langage et du système nerveux humain en tant que fonction psycho-physiologique dans nos vies. C’est la raison pour laquelle ´Science et Santé Mentale ´ contient de nombreux modèles linguistiques. Il n’est pas surprenant de constater que, si de nombreuses distinctions correspondent à celles du Méta-Modèle, de nombreuses  nouvelles distinctions linguistiques apparaissent. Et tout comme les distinctions linguistiques du Méta-Modèle, elles signalaient des informations supprimées, généralisées et déformées, créant des limitations dans les processus de d’appauvrissement de nos cartographies mentales.

En commençant à écrire à propos des neuro-linguistiques originales de Korzybski, je me demandais pourquoi ces schémas linguistiques n’avaient pas été incluses dans le premier Méta-Modèle de la PNL. « Pourquoi celles-ci n’avaient pas été retenus et utilisés ?» Bandler et Grinder ont débuté avec la prémisse de Korzybski : « La carte n’est pas le territoire» et n’ont cependant pas continué ni n’ont questionné les structures linguistiques mal formées identifiées par Korzybski. Étrange. Au début, je me suis dit qu’ils étaient trop occupés avec les distinctions linguistiques de la Grammaire Transformationnelle mais aujourd’hui je pense qu’ils ne les connaissaient même pas.

Puis en 1997, Richard Bandler m’a demandé de co-écrire un nouveau livre sur le Méta-Modèle pour en célébrer le 25ème anniversaire. Il suggéra un titre pour le livre «Magie revisitée». Le livre devait mettre à jour le Méta-Modèle initial à partir des découvertes des 25 dernières années qui étaient, en fait, prédites par John et Richard. Dans le livre Sémantique Générative, ils écrivirent que les distinctions « seront particulièrement utiles pour élargir davantage le Méta-Modèle.» (p. 109 et p. 38 ‘La Structure de la Magie ´, Volume I, 1972).

En 1992, dans de nombreux articles publiés dans des revues de PNL à la fois aux USA et en Europe, j’ai suggéré l’apport de sept nouveaux schémas de Korzybski au Méta-Modèle. Dans le livre de 1997 que nous avons co-écrit (aujourd’hui intitulé ´Les Communications de la Magie’, Crown House Publications), j’en ai ajouté 9 au total. Deux supplémentaires issus de la psychologie Cognitive. Tous ces modèles perpétuent le concept original permettant à une personne de reconnecter son langage à l’expérience initiale pour développer une carte plus riche et plus efficace pour guider sa vie. (Nous n’avons pas signé le livre de nos deux noms car après que Richard eut signé le contrat, il se fâcha contre moi et refusa la signature ! C’est la vie des génies !)

A ce propos, lorsque Frank Pucelik et Byron Lewis actualisèrent leur premier livre ‘La Magie de la PNL Démystifiée ´ (1990) basée sur le travail de Lewis en 1980, ils inclurent les 9 distinctions supplémentaires dans leur Seconde Édition de 2012. Ce qui, sans surprise, fâcha beaucoup John !

Est-ce que Korzybski contribua à certains autres présupposés de la PNL au-delà de « La carte n’est pas le territoire » ? Je ne le sais pas, il n’y a pas de preuve pour l’affirmer ou l’infirmer. Cependant, l’ouvrage « Science et Santé Mentale » contient des déclarations pouvant être à l’origine de présupposés :

« Les personnes communiquent à partir de leur modèle du monde » (p.419)
« Le système nerveux humain fonctionne merveilleusement bien » (p.466)
« Les gens ont toutes les ressources dont ils ont besoin. Son (l’homme moyen) système nerveux travaille continuellement, comme celui d’un génie. La différence est que son fonctionnement n’est pas productif ou efficace. » (p.485)
« Vous pouvez apprendre à résoudre vos propres problèmes. » (p.529)
« Il y a une structure à toute expérience, alors cherchez cette structure. La structure est la seule source de la connaissance.»(p.544)

Alfred Korzybski a certainement beaucoup contribué à la PNL, il en a établi le langage de base : la neuro-linguistique, la neuro-sémantique, le génie humain, les états, etc., ainsi que le présupposé central de la PNL. Il réalisa ceci, entre 1933 et 1934, soit quarante ans avant la naissance de la PNL. A l’époque comme de nos jours, son travail continue d’inspirer de nouvelles découvertes.

Les contributions de George Miller et de Noam Chomsky à la PNL

Ceux qui ont de toute évidence contribué à la PNL et au développement du Modèle de la PNL étaient les trois «magiciens» de la communication (Perls, Satir et Erickson) et les deux «grands-pères» de la PNL (Gregory Bateson leur enseignant et mentor et Alfred Korzybski, qui inventa l’idée même de «neuro-linguistique» et de «neuro-sémantique».) Cependant, il y eut d’autres contributeurs moins évidents qui firent de la PNL ce qu’elle est aujourd’hui. Parmi eux, deux chercheurs à l’origine du Mouvement de la Psychologie Cognitive: George Miller et Noam Chomsky créèrent une distinction en 1956 qui changea le visage de la Psychologie, ce qui a permis de dater le Mouvement de Psychologie Cognitive à 1956.

Noam Chomsky et la Grammaire Transformationnelle (GT)

Noam Chomsky publia en 1956 le modèle de la Grammaire Transformationnelle dans l’ouvrage: ´Aspects de le Théorie de la Syntaxe’. Ce faisant, il porta un coup mortel au Béhaviorisme. Depuis un demi-siècle, avec le travail initial de John Watson en Béhaviorisme et celui de B.J. Skinner sur le conditionnement associatif, le Béhaviorisme ou la Théorie de l’Apprentissage étaient les modèles de choix en Psychologie. Cette théorie s’était montrée utile et efficace dans de nombreux domaines. Mais Chomsky démontra que le Béhaviorisme était inapproprié pour expliquer le développement du langage, et que ce behaviourisme ne fonctionne pas. Chomsky démontra que nous avons en nous « un outil d’acquisition du langage » qui nous permet d’apprendre le langage. Voilà pourquoi les enfants apprennent ’pour ainsi dire’ les règles du langage puis inventent des phrases qu’ils n’ont jamais entendues. Ce n’est pas une simple association.

Dans la Grammaire Transformationnelle, il présenta le langage comme étant organisé et gouverné par des règles. Il chercha par la suite à le démonter en cartographiant toutes les règles transformationnelles. Pour cela, il distingua les déclarations de surface des déclarations profondes et créa des centaines de « règles transformationnelles » qui gouvernent notre façon d’aller d’un niveau à un autre. C’était révolutionnaire et cela constitua un bond considérable en termes de formulation pour conceptualiser le rôle du langage dans le fonctionnement humain.

C’est ce que John Grinder étudia. Il fit son doctorat en Grammaire Transformationnelle et rédigea sa thèse sur les Distorsions. Puis, deux ans avant le lancement de la PNL, il publia avec Susette Elgin, le contenu essentiel du Méta-Modèle dans un livre sur la Grammaire Transformationnelle. Cet ouvrage, ´Un Guide de la Grammaire Transformationnelle´(1973) présente presque tout ce qui constitue le Méta-Modèle, mais pas tel que nous le connaissons. C’est la raison pour laquelle j’ai dit, dans différentes circonstances, qu’à mon sens, il cherchait un mécanisme pour le rendre plus pratique afin d’attirer l’attention du public. C’est bien sûr ce qui se produisit avec le développement du Méta qui sera dénommé plus tard « Programmation Neuro-Linguistique ».

Il se trouvait que Fritz Perls utilisait deux distinctions que Grinder utilisa pour se connecter et que Virginia utilisait également deux distinctions linguistiques. Cela permit à Grinder d’intégrer le modèle de la Grammaire Transformationnelle et de créer avec son équipe le Modèle de Communication de la PNL : le Méta-Modèle. Il a introduit un aperçu sommaire de la Grammaire Transformationnelle dans les premiers ouvrages de PNL : ´Structures de la Magie’, volume I et II. Ensuite, la Grammaire Transformationnelle n’a pas continué à jouer un rôle significatif dans la PNL et n’a jamais plus été mentionnée dans aucun livre. Aujourd’hui, il n’en est plus du tout question. Pourquoi ? L’une des raisons fut que Chomsky lui-même désavoua la Grammaire Transformationnelle en disant que le modèle ne fonctionnait vraiment pas. Le modèle s’éparpillait trop. Ceux qui perpétuèrent ses travaux créèrent la Linguistique Générative puis la Grammaire de l’Espace et finalement, la Linguistique Cognitive qui a cours aujourd’hui. Une autre raison est que la PNL n’en a pas eu besoin. La seule chose dont nous avions besoin, c’étaient des « niveaux » que nous avions dans les travaux de Korzybski et de Bateson. Ainsi, nous n’avions pas besoin des niveaux de la Grammaire Transformationnelle pour apporter de la substance au langage dans le Modèle de Communication de la PNL.

George Miller et la psychologie cognitive 

La publication de l’article de George Miller en 1956 intitulé « Le Nombre Magique sept Plus ou Moins 2 », changea le visage de la psychologie. Il y introduisit le langage du « découpage » de l’information et présenta la quantité d’informations que nous pouvons retenir en ´conscience´. Ce langage fut adopté dans les années 60 pendant la période de balbutiements de l’Intelligence Artificielle (IA). Puis en 1960, George Miller avec Karl Pribram et Eugene Galanter publièrent « Plans et Structure du Comportement » qui introduisait le modèle Test-Operate-Test-Exit (TOTE). Ce modèle permettait de suivre la création des processus internes à partir des « comportements ». Ces deux développements révolutionnaires et les ´Aspects de la Grammaire ´ 1956 de Chomsky ont lancé le Mouvement de la Psychologie Cognitive (‘Origines’, James Eicher, p. 125).

Quelles sont les liens de ces deux développements avec la PNL ? John Grinder étudia un an en post-doctorat dans le laboratoire de Georges Miller (1969-1970) (´Origins’, p. 139). Miller le parraina ! Puis en 1977-1978, Grinder, Bandler, DeLozier et Dilts ajoutèrent les systèmes de représentation au Modèle TOTE, créèrent le modèle des Stratégies et modélisèrent la structure de l’expérience. Alors Dilts en fit état dans des articles de 1978 (3), cela apparut pour la première fois dans un ouvrage de Dilts commandé par Bandler et Grinder « Programmation Neuro-Linguistique Vol. I, L’Etude de la Structure de la Subjectivité » (1980). Ainsi, les distinctions-clés du Mouvement de Psychologie Cognitive furent incorporées à la PNL ‘depuis le début’. Voilà pourquoi la PNL est reconnue comme une expression de la Psychologie Cognitive et qu’elle est classée dans les ouvrages de Psychologie dans les chapitres sur la Psychologie Cognitive.

Ces racines ont par la suite donné naissance aux détails sur ´comment modéliser une expérience subjective’. Sans le travail de Miller et de ses associés et le modèle TOTE, la PNL se serait débattue des années durant pour séquencer ou structurer ce qui se passe dans ´la boîte noire’ (terme du Béhaviorisme pour expérience interne). Bandler et Grinder et le groupe initial n’ont pas créé ça (le modèle TOTE) mais ont profité de la disponibilité des avancées révolutionnaires pour les combiner aux systèmes de représentation (issus de nombreuses autres personnes) pour donner le Modèle PNL des Stratégies.

Auteur : L. Michael Hall, Ph.D. Neuro-Semantics Executive Directo meta@acsol.netNeurons Meta Reflections Neurosemantic-History of NLP

Bibliography:

Andreas, Steve. (1991). Virginia Satir: the Patterns of her Magic, (1991), Palo Alto, CA: Science and Behavior Books, Inc.
Bateson, Gregory. (1972).  Steps to an ecology of mind.  New York: Ballantine Books.  Reprinted (2000), University of Chicago.
Hall, L. Michael. (2003).  The Bateson Report.   Clifton, CO: Neuro-Semantic Publications.
Hall, L. Michael. (2008).  Meta-States.  Chapter 17 “Meta-States Epistemology.”
Hall, L. Michael. (1997).  NLP Going Meta.  Chapter 7.  “Bateson’s Logical Levels of Learning.”
Korzybski, Alfred. (1933/ 1994).  Science and Aanity: An Introduction to Non-Aristotelian Systems and General Semantics, (5th. ed.).  Lakeville, CN: International Non-Aristotelian Library Publishing Co.
Perls, Fritz.  (1973).  The Gestalt Approach and Eye Witness to Therapy. CA: Science and Behavior Books.
Perls, Frederick; Hefferline, Ralph; Goodman, Paul.  (1951).  Gestalt Therapy: Excitement and Growth in the Human Personality.  New York: Dell Publishing Co.
Satir, Virginia.  (1972).  Peoplemaking.  Palo Alto, CA: Science and Behavior Books, Inc.