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Leadership et intelligence émotionnelle

Leadership et intelligence émotionnelle (3/4)

L'intelligence émotionnelle, une composante fondamentale du leadership. Transcription de Jean Luc Monsempès

Emotional intelligence1Le premier article sur l'intelligence émotionnelle définissait ce qu'est l'intelligence émotionnelle et les compétences qui y sont associées. Le deuxième article porte sur la fonctions des différents cerveaux et les formes d'intelligence qui y sont associés. Le troisième fait le lien entre les caractéristiques fondamentales du leadership et l'intelligence émotionnelle.Si on associe classiquement l’intelligence au fonctionnement intellectuel du cerveau, nous savons maintenant que l’esprit humain est composé de trois formes d’intelligence. Chaque forme d’intelligence possède sa fonction et son langage.  L’évolution de la PNL depuis ses débuts dans les années 70 reflète la découverte et la prise en compte de ces différentes formes d’intelligence. 

L’intelligence émotionnelle ne se décrète pas. Il est inutile de dire à une personne « Tu devrais être émotionnellement plus intelligent », « Tu ne devrais pas être dissocié de cette émotion », même si elle est très inconfortable… car c’est déjà un jugement. L’intelligence émotionnelle consiste à accueillir cette première réaction émotionnelle sans la juger, puis à amener notre conscience sur la neuro-linguistique de cette réaction émotionnelle, et ensuite chercher à comprendre ce qui fait que ce soit si important pour la personne de rester déconnectée. Si la personne dit « Il y a quelque chose à l’intérieur de moi qui veut rester déconnecté » juger cela ne fait du bien à personne et il est plus utile d'en chercher l’intention positive. Un leader émotionnellement intelligent a besoin de créer en lui un espace capable d’accueillir et de transformer les émotions inconfortables auxquelles il peut être confronté dans les situations déstabilisantes des « moments de leadership ».

Le lien entre leadership et intelligence émotionnelle

Les mots «Leading » et «leadership» viennent du vieil anglais lithan, qui signifie littéralement « aller ». Le dictionnaire Merriam-Webster, définit le leadership comme l'action de «guider le long d'un chemin, et plus particulièrement en passant devant en éclaireur». Ainsi, le leadership concerne le fait de montrer le chemin et d'influencer les autres autant par ses actes que par ses mots. Le leadership n’a donc rien à voir avec les notions de hiérarchie, de contrôle ou de pouvoir.

Déterminer une direction et de l’énergie pour initier le mouvement

Le leadership signifie donc aller quelque part. J’étudie le leadership depuis 25 ans et j’ai eu la chance d’interviewer des leaders qui ont très bien réussi et j’ai modélisé de nombreux entrepreneurs tels que Steve Jobs. Si ce dernier était une personne “difficile” c’était avant tout un leader efficace et une personne très émotionnelle. Il a démontré une intelligence émotionnelle dans de nombreux domaines et en manqué cruellement dans d’autres. Nombreux sont ceux qui imputent le succès d’Apple à l’intelligence émotionnelle de son leader. Il s’est fait virer de l’entreprise Apple, qui à ses débuts ne laissait pas de place aux émotions. Et Apple a par la suite rappelé Steve Jobs en considérant que les émotions avaient leur place dans l’entreprise. Dès le retour de Steve Jobs, Apple est devenue l’une des entreprises technologiques les plus prospères au monde.

Pour aller quelque part vous avez besoin de deux choses ; une direction pour savoir ou aller et de l’énergie pour initier et maintenir le mouvement dans la direction choisie. Le néocortex nous donne la direction avec la vision et le cerveau limbique apporte l’énergie de la motivation au moteur. Si les leaders du style « cerveau-stylo » savent tout cartographier, rien ne va se passer car il n’y a pas d’émotion. Il est donc indispensable de connecter la direction à la motivation.

Aller quelque part et y aller en premier.

Le leader n’est pas un commandant qui dit aux autres où aller et quoi faire mais c’est celui qui donne l’exemple, qui est le modèle à suivre. Définir une direction ne signifie pas qu’on en connait déjà la destination. Le leadership ne nécessite pas l’identification d’une destination précise. Vous pouvez ne pas en effet savoir où vous allez aboutir tant que vous n’y êtes pas arrivé. Ce qui est très important dans les périodes de changement et d’incertitudes.

Stimuler l’intelligence collective

Il y a quelques années, j’ai participé à une étude demandée par une entreprise française bien connue dans le domaine des télécom. Celle-ci cherchait à connaître les causes d’un échec majeur qui était le suivant : ils savaient qu’ils devaient développer très rapidement un nouveau produit dans un domaine clé et très concurrentiel de leur marché. Le projet était si stratégique qu’ils avaient mobilisé 1000 personnes dessus. Un concurrent a cependant été capable de mettre plus rapidement sur le marché un produit de meilleure qualité et moins cher. Sur l’ensemble des indicateurs de performance, ils avaient été dépassés par le concurrent. Le plus surprenant est que cette équipe concurrente avait pu réaliser leur produit avec une équipe de 20 personnes.

Comment expliquer que 20 personnes puissent battre de façon aussi flagrante une équipe de 1000 personnes ? La réponse, qui est vite devenue une évidence, était en rapport avec le leadership émotionnellement intelligent. Les 1000 personnes travaillaient dans une situation hiérarchique habituelle, avec un leader de style « cerveau stylo » qui disait aux collaborateurs ce qu’ils avaient à faire et signait des notes et directives. Dans une situation ou les individus sont supposés faire juste leur boulot, vous obtenez au mieux une intelligence collectée (1+1 = 2), mais au prix d’une grande inefficacité. De l’autre côté le leader était émotionnellement intelligent et utilisait un leadership partagé avec de nombreux membres du groupe. Il y avait une vision partagée, une forte communication et collaboration entre les membres de l’équipe. Il y avait de l’énergie, de l’enthousiasme, de la créativité. Dans le groupe des 1000 personnes, on se parlait peu, chacun faisait juste son travail sans savoir ce que faisait l’autre. Il n’y avait aucun enthousiasme, ils se contentaient de suivre les instructions, comme un ordinateur exécute ce qu’il a à faire. Dans le groupe des 20 personnes, il y avait ce qu’on appelle de l’intelligence collective et de la collaboration générative.

Le leadership de soi

Steve Jobs est le représentant d’une nouvelle génération de leadership. Voici comment il parlait de son activité « Etre l’homme le plus riche du cimetière ne m’intéresse pas vraiment. Je veux aller me coucher le soir en me disant que nous avons fait ensemble quelque chose de merveilleux ». Ce nouveau leadership s’exprime donc par une attitude différente, avec le désir de « faire quelque chose de merveilleux ensemble ».

Le leadership commence par le leadership de soi que nous pouvons illustrer par une autre citation de Steve Jobs « Votre temps est limité, donc ne le gaspillez pas à vivre la vie de quelqu’un d’autre ». D’une certaine manière Steve Jobs vous dit de faire le contraire de ce qu’on vous dit de faire, c’est-à-dire de laisser l’émotion de côté. Il ajoute « Ne soyez pas piégé par le dogme, c’est à dire vivre avec la pensée des autres ». Dans le groupe des 20 personnes, ils pensaient par eux-mêmes alors que dans le groupe de 1000 ils faisaient ce qu’on leur disait de faire. La différence a été considérable en termes de productivité et de performance. Il disait « Ne laissez pas le brouhaha extérieur faire taire votre propre voix intérieure et ayez le courage de suivre votre coeur et votre intuition ». Il ne dit donc pas « laissez l’émotion en dehors de cela, mais suivez votre coeur et votre intuition ». C’est un message surprenant venant d’un leader d’une des plus grandes entreprises au monde. C’est à l’opposé de ce qui est traditionnellement observé dans les entreprises.

Steve Jobs disait également « Depuis 38 ans, je me lève, je me regarde dans la glace et je me pose la même question : si aujourd’hui était le dernier jour de ma vie, est-ce que je ferais ce que je m’apprête à faire aujourd’hui ? ». C’est une question de type métaphorique qui demande ceci : « Suis-je émotionnellement impliqué dans ce que je fais ? ». Un message surprenant car à l’opposé des messages de ce qu’on entend chez des autres leaders du monde des affaires ou de ce qu’on apprend dans les business school. Steve Jobs continuait en disant « Et si la réponse est non pendant trop de jours d’affilé, c’est-à-dire si je ne suis pas assez impliqué émotionnellement pendant de nombreux jours, je sais que quelque chose doit changer ». Voici un exemple de leadership de soi.

Les quatre composantes du leadership

Si je devais résumer mes 25 années d’études du leadership à travers le monde, le leadership se résume à une formule simple composée des éléments suivants :

Etre capable d’exprimer une vision
Etre capable de pointer une direction et rappelez-vous que la vision n’est pas toujours la destination mais une direction. Les 20 personnes qui ont battu à plate couture (outperform) les 1000 autres, n’avaient aucune idée de ce à quoi allait ressembler le produit terminé, car ils l’ont créé ensemble. Au contraire les 1000 personnes avaient une idée très claire de la destination à atteindre et c’est exactement ce qu’ils ont obtenu. L’équipe des 20 est allé bien au-delà des attentes de tout le monde. Donc exprimer une vision ou un objectif spécifique sont des processus très différents.

Influencer les autres pour obtenir des résultats
Etre capable d’influencer les autres pour qu’ils vous rejoignent et obtiennent des résultats. Si le leader dictateur influence par la menace et la peur, le leader émotionnellement intelligent influence en s’appuyant sur l’inspiration et la motivation. Une vision qui ne déclenche pas d’émotion ne va pas pouvoir bénéficier de l’énergie dont elle a besoin pour avancer. L’influence du leader émotionnellement intelligent vient d’un engagement émotionnel.

Encourager la coopération des équipes
Etre capable de créer un climat de coopération pour que les équipes travaillent ensembles et avancent en direction de la vision.

Etre un exemple et être l’exemple.

Comme Gandhi disait « Soyez le changement qu’on veut voir dans le monde ».

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Ces quatre éléments sont fondamentaux pour un leadership émotionnellement intelligent, et quel que soit le contexte. Que ce soit une grande entreprise comme Apple, une équipe de 20 personnes, deux personnes qui démarrent une affaire ensemble, ou une famille. 

Le vol des oies est une belle métaphore du leadership partagé. Les oies connaissant toutes la direction à suivre, sans savoir exactement ou elles vont se poser. Les oies volent en formation car le battement des ailes de l’une crée un courant aspirant pour celle qui suit et qui vole ainsi plus facilement. Quand elles sont en groupe, la distance de vol des oies peut augmenter de 75 %, car elles n’ont pas besoin de faire autant d’efforts, sauf pour celle qui est en première ligne. C’est la raison pour laquelle elles assurent la position de leader à tour de rôle. C’est une intéressante métaphore de la coopération.

On va donc travailler sur la manière d’amener de l’intelligence émotionnelle sur ces quatre composantes du leadership : exprimer une vision et une direction, influencer et motiver pour atteindre des résultats, encourager la coopération des équipe, être un exemple pour les autres.

Pour être un leader, vous allez avoir besoin d’être un exemple et de vous diriger vous-même. Par exemple, si je ne sais pas gérer mes propres frustrations, je ne vais pas être capable de la gérer chez l’autre. L’intelligence émotionnelle commence donc chez soi, puis on commencera à l’exprimer dans notre interaction avec les autres.

Suivre son cœur et son intuition

L’idée d’être un exemple est bien exprimée par une citation de Martha Graham, l’une des fondatrices de la danse moderne. Elle n’était pas un leader du monde des affaires mais le leader d’une troupe de danse et le leader d’un mouvement qui a changé le monde de la danse. Elle disait des choses importantes à propos de l’Intelligence émotionnelle « Une vitalité, une force vitale, une énergie transpirent de vous par vos actions » A sa façon Martha Graham nous donne une définition de l’émotion. « Vous êtes unique au monde et votre expression vous appartient. Si vous lui bloquez la voie, elle n’existera jamais à travers qui que ce soit d’autre ; elle sera perdue. Le monde vivra sans elle. Il ne vous appartient pas de juger de sa qualité, ni de la comparer à d’autres expressions. Votre devoir est de lui laisser la voie libre ».

Cette qualité d’énergie dont parle Martha Graham n’est pas qu’une émotion animale mais une émotion qui vient plus de ce que j’appellerai le « Grand Soi ». Je pense que Martha Graham se réfère à ce que disait Steve Jobs quand il disait « suivez votre coeur et votre intuition », c’est-à-dire gardez le canal ouvert. Ce qui signifie que j’ai besoin de savoir ce qui peut venir fermer le canal et comment je peux l’ouvrir à nouveau à ce moment-là. En vivant avec ce canal ouvert, j’augmente l’espace au sein de ma maison d’hôtes et je la rends plus disponible. Ce qui est particulièrement important dans les moments de leadership.

Les moments de leadership

Pour nous préparer à notre premier exercice, je vais vous demander de réfléchir à des moments de leadership. Le moment est une métaphore d’une situation ou d’une circonstance dans lesquelles vous allez devoir manifester un ou plusieurs talents du leadership. C’est donc une situation dans laquelle vous allez devoir exprimer une vision ou une direction ; influencer et inspirer les autres afin d’atteindre des résultats spécifiques ; encourager la coopération s’il y a des conflits ; et également une situation dans laquelle vous devez être un exemple. Quelles sont ces situations dans lesquelles vous avez besoin d’être un leader émotionnellement plus intelligent. Ces situations qui peuvent être proches de celles que vous avez évoquées tout à l’heure ou différentes. Donc ou avez-vous besoin d’être un leader émotionnellement plus intelligent ?

Le miracle d’Hudson

Un de mes exemples préférés concerne ce qu’on appelle « Le miracle d’Hudson ». Il y a trois ans et demi, au moment critique du décollage d’un airbus sur l’aéroport de La Guardia à NY, un vol d’oiseau a percuté l’avion et aspiré dans les réacteurs, ce qui n’a été ni bon pour les oiseaux ni pour les deux réacteurs qui se sont arrêtés brutalement en même temps. Il y avait donc un avion sans moteur avec 200 passagers qui allait simplement s’écraser. J’appelle cette situation critique « un moment de leadership » car il commence en soi, pour savoir comment être un exemple. Si le pilote panique ou se met en colère ou se sent frustré, c’est un désastre annoncé. Dans ce « moment de leadership », le pilote a été capable de rester calme, de maintenir dans le calme les membres de l’équipage et les passagers. La tour de contrôle n’avait de cesse de dire « faites demi-tour et revenez » (le dogme de ce que vous étiez supposé faire), mais pour le pilote ce n’était pas possible. Pendant ce « moment » il a donc dû suivre son intuition et son coeur et ne pas écouter les directives de la tour de contrôle. Il avait besoin d’avoir une vision de l’endroit où il pouvait poser l’avion, et le seul endroit possible était la rivière Hudson. Il devait donc faire planer l’avion sans moteur et le poser au bon endroit sur l’Hudson, sans percuter les bateaux ou les autres obstacles, mais de façon suffisamment proche des bateaux afin que ces derniers puissent l’atteindre facilement et leur porter secours. Tous les passagers ont pu descendre de l’avion sans être sérieusement blessé. Le commandant de bord a parcouru deux fois l’allée centrale de l’avion pour s’assurer qu’aucun passager ne restait dans l’appareil puis descendu le dernier. On a appelé cela un miracle. Une situation bien différente de celle ou le capitaine de bateau de croisière italien a été le premier à quitter le bateau en laissant 3000 personnes à bord. Il n’y est revenu que parce qu’il a été forcé à le faire. Ce qui fait la différence entre un miracle et un désastre, c’est le leadership et surtout un leadership émotionnellement intelligent. Le capitaine du bateau a probablement laissé son cerveau reptilien prendre le contrôle et s’enfuir car une voix interne lui disait quelque chose comme « sauf ta peau, tu vas mourir ». De son côté, le capitaine de l’avion a suivi quelque chose de plus grand que son cerveau reptilien.

Après cet événement on a demandé au pilote « vous aviez l’air si calme, n’aviez-vous pas peur ? ». Il a répondu « Vous êtes fou, je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie, et je n’ai jamais été aussi calme de toute ma vie ». Comment est-ce possible ?. On en revient à l’idée de la maison d’hôtes. On lui a demandé comment avez-vous fait pour rester calme malgré votre peur ? Il a donné plusieurs réponses :

La préparation et la pratique : « J’ai eu de nombreux petits moments de leadership que j’ai déposés dans ma banque d’expérience ». Il disait qu’il avait fait de si nombreux petits dépôts dans sa banque d’expérience qu’il pouvait faire un gros retrait si nécessaire. Il est donc possible d’apprendre à faire des connexions pour bâtir une maison d’hôtes suffisamment grande pour que, même si une grande terreur est ressentie, la maison d’hôtes soit plus grande que cette terreur, pour que le calme soit plus grand que la peur.

La mission et le sens d’un Soi au-delà de l’égo : « J’étais le pilote et c’était ma mission de prendre soin des passagers, il ne s’agissait pas que de moi ». Cette chose dont parle le pilote et qui est plus grand que lui et qui va bien au-delà du cerveau reptilien, est cette notion du champ. Nous allons mettre cela en pratique et apprendre à nous connecter à quelque chose de plus grand que soi, à créer un champ de ressources dans ces moments de leadership, comme les oies s’aident mutuellement à voler plus facilement en formation.

La création d’un champ de ressources : le pilote a dit qu’il était resté calme car l’équipage était resté calme et que les passagers étaient restés calmes. On a donc demandé à l’équipage pourquoi ils sont restés calmes et ils ont répondu que c’était parce que le pilote et les passagers étaient restés calmes. Et les passagers ont dit qu’ils étaient restés calmes car le pilote et l’équipage étaient restés calmes. On a donc cette représentation du vol d’oie où chacun contribue à faciliter la tâche de l’autre.

Le sens d’un but plus grand, souvent en compensation d’une tragédie personnelle :
quand on a demandé au pilote ce qui l’a aidé à rester calme, il a parlé du suicide de son père, ce qui avait été une tragédie pour lui. Mais au lieu de laisser cette expérience le briser, il s’était fait le serment de ne jamais rester sans rien faire s’il devait se trouver en situation d’aider quelqu’un. Il a dit qu’il était tellement engagé à sauver ces gens, précisément parce qu’il n’avait rien pu faire pour sauver son père. Il a transformé une tragédie personnelle en une motivation profonde. Transformer la souffrance en une forme de guérison constitue une grande expression de l’intelligence émotionnelle. Comment faire cela ? Nous allons y répondre en abordant la notion du jeu intérieur.

Leadership de soi et le jeu intérieur

Timothy Gallwey était un champion de tennis qui a réalisé que son jeu intérieur était aussi important que son jeu extérieur dans la réalisation de ses performances sportives. Il avait noté que s’il était stressé ou tendu, son jeu extérieur devenait moins bon. « Dans chaque expérience de l’être humain, il existe deux domaines d’engagement, le jeu extérieur se joue dans l’arène afin de surmonter des obstacles extérieurs ». Dans le cas du pilote, le jeu extérieur consistait à poser l’avion sans moteur, alors que le jeu intérieur était de surmonter la plus grande peur de sa vie. Si cette peur avait fermé son canal, il n’aurait pas pu réussir son jeu extérieur. Donc que faire avec cette peur.

Si Gallwey disait que le jeu intérieur se passe dans notre mental, nous dirons qu’il se passe dans l’ensemble du système nerveux. Nous devons dépasser des obstacles intérieur (doutes, peurs, perte de concentration, hypothèses limitantes) qui sans contrôle peuvent devenir un désastre et non un miracle. Comment utiliser l’intelligence émotionnelle pour transformer ces obstacles ?. Quand un obstacle extérieur rencontre un obstacle intérieur, le résultat est un problème insoluble. Quand un obstacle extérieur rencontre une ressource intérieure, c’est un défi qu’on peut réussir. Si une ressource extérieure rencontre un obstacle intérieur, j’ai de la chance. Si une ressource intérieure rencontre une ressource intérieure, le résultat est magique.

Nous avons donc besoin de rencontrer tout ce qui vient du jeu extérieur avec une ressource intérieure et un canal ouvert. Cette dynamique entre l’intérieur et l’extérieur est constante.

Les caractéristiques du jeu intérieur

Si le pilote parlait de pratiquer, Gallwey disait ce que vous avez besoin de faire dans votre jeu intérieur. Le but du jeu intérieur est proche de ce que Martha Graham disait quand elle parlait de « garder le canal ouvert ». Timothy Gallwey parlait d’une zone intérieure d’excellence. Avec la programmation neuro-linguistique (PNL), on parle d’un état d’excellence. Un état est caractérisé par certains éléments :

-   une autorité humble, comme l’a fait le pilote
-  
de la confiance en soi sans arrogance. Dans une crise on ne suit pas l’arrogant qui a un égo boursoufflé
-  
un état dans lequel on est en même temps, prêt et relaxé, focalisé et défocalisé (avec une perception large)
-  
un état de performance sans effort et qui survient sans qu’on ait à y penser.

Si je suis prêt mais non relaxé, je ferme le canal. Si je suis relaxé mais pas prêt, je ne peux pas répondre à ce qui se passe dans mon environnement. Si le pilote avait été focalisé mais pas défocalisé en même temps, il n’aurait pas pu voir où poser l’avion. Avec une focalisation large sans focalisation spécifique, je vais nulle part. Comme nous le voyons, ces parties de l’état d’excellence sont complémentaires, ce qui crée cet état d’expérience et d’excellence sans effort. Dans la perspective du leadership de soi, l’objectif est d’atteindre cet état d’excellence.

L’opposé de cet état est caractérisé par le stress et la paralysie, un manqué de concentration, des limitations internes qui impactent grandement nos performances à l’extérieur. Quand le canal est ouvert, ou quand vous êtes dans votre zone d’excellence, on parle de présence.

Nous allons nous entraîner à obtenir cette zone d’excellence et à pratiquer cette présence, et nous pratiquerons par la suite des exercices pour maintenir cette présence dans des moments de leadership.

La zone d’excellence de l’état COACH

L’état COACH permet de rester dans sa zone d’excellence dans des circonstances très variées. COACH est un acronyme pratique pour décrire les caractéristiques de la zone d’excellence  avec l’ouverture de notre canal :

Le C est pour Centré.  centrage en nous-même commence avant tout dans le ventre. Que vous pratiquiez les arts martiaux, soyez en représentation sur une scène de théâtre ou de danse, la première chose importante est le centrage dans le ventre. Les Japonais l’appellent ce centrage le « hara » et les chinois le « tang chen ». Vous pouvez ainsi commencer à savoir quand votre canal est ouvert et quand vous êtes dans votre zone d’excellence.

Pour démarrer, il est important d’avoir les deux pieds posés sur le sol, car cette sorte d’enracinement a un impact neurologique. Puis trouvez votre axe vertical. Tous les mouvements et les énergies qui traversent cette colonne sont en lien avec l’ensemble des parties de votre corps. Si vous déformez votre rachis, vous déformez également les mouvements. Quand vous êtes dans votre axe vertical, votre colonne est étirée et relaxée. Vous êtes relaxé et prêt en même temps. Vous sentez vos pieds sur le sol, votre axe vertical, et vous êtes centré dans le ventre. C’est comme cela qu’on bâtit ce que Rumi appelle la maison d’hôtes, afin de pouvoir accueillir les émotions difficiles.

Le O est pour Ouvert. Une fois centré, vous pouvez ouvrir votre canal et la manière la plus simple de le faire est tout simplement d’ouvrir la poitrine en mettant les épaules en arrière. Vous pourrez ressentir ainsi cette conscience ouverte. Ouvrir la poitrine c’est ouvrir aussi le centre du cœur.

Le A est pour Alerte, conscient, éveillé. Ceci vient plus du centre de la tête, le cerveau humain. Donc éveillez cette partie de vous-même, cette conscience plus large. Une conscience de l’ensemble de votre corps, mais également de ce qui se passe sous vos pieds, votre colonne, votre tête et le ciel au-dessus avec le sens d’une vision et d’un grand Soi.

Le C est pour Connexion. Il s’agit ici de connecter la tête, le coeur, le ventre, les pieds, de se connecter à la terre par les pieds, de se connecter au ciel par la tête. Et sentez la connexion à un soi plus grand et à l’esprit du champ, à une intelligence plus grande.

Le H est pour Hospitalité (accueil ou Hold en anglais). Il s’agit de créer un espace capable d’accueillir les états internes difficiles. Dans le cas du pilote, l’espace de calme a permis d’accueillir et de porter sa peur. Trouvez cet espace en vous et retrouvez des moments où vous avez pu être dans votre zone intérieure d’excellence, ou vous avez été au meilleur de vous-même.

En faisant cet exercice, vous pouvez remarquer qu’il produit un état proche de celui de la méditation, et qu’il nécessite une pratique. Nous ne vivons bien sur pas notre vie dans un état de méditation, car nous avons besoin d’interagir avec le monde extérieur et parfois nous devons faire comme le pilote, faire face à des situations particulièrement délicates.

En ouvrant les yeux, notez les ajustements que vous auriez besoin de faire pour rester dans cet état de centrage, d’ouverture, de conscience alerte, de connexion, et d’hospitalité/accueil de ce qui se présente. Et vous pouvez également remarquer que le fait de vous lever peut perturber quelque peu votre état. Qu’avez-vous besoin de faire pour revenir à ce centrage, pour maintenir le canal ouvert, pour amener cette conscience alerte à ce cerveau plus grand, pour connecter votre tête votre cœur, votre ventre et vos pieds, et ressentir cette connexion à travers le corps comme un alignement, ainsi qu’une connexion à un grand Soi et à votre zone d’excellence dans laquelle vous pouvez accueillir tout ce qui peut survenir.

Puis retournez vous vers une personne près de vous et portez votre attention en même temps sur vous et sur votre partenaire. L’interaction peut être perçue au début comme perturbante pour votre propre zone. On peut avoir le sentiment d’un manque de confiance, ou d’être dans l’évitement en se sentant un peu bête. Vous pouvez rester dans votre état COACH en sentant vos pieds posés sur le sol, votre axe vertical et votre centre dans le ventre, en ouvrant la poitrine, en vous sentant alerte dans votre tête et vos organes sensoriels, en ressentant la connexion à votre coeur, votre ventre, à vos pieds, à la terre par les pieds, à l’univers par l’axe vertical, et en maintenant la sensation de votre système nerveux humain et cette idée du canal ouvert. Quand vous pourrez vraiment vous sentir dans votre zone d’excellence, sentir votre canal ouvert et accueillir la personne qui est en face de vous, vous allez dire à votre partenaire à haute voix « Je suis présent ». Vous dîtes ainsi à votre partenaire que votre « grand moi » est ici présent. Faites cela maintenant.

Puis regardez la présence de votre partenaire et dites lui « Je te vois ». Vous allez peut être ressentir une qualité de résonance, comme si 1+ 1 = 3, comme s’il y avait un troisième élément dans votre interaction. Où ressentez vous cette forme de résonance avec cette personne en face de vous ?.

Puis, je vais vous demander d’avoir un bref échange avec votre partenaire pendant une ou deux minutes, en gardant le contact avec votre zone d’excellence, tout en commençant à parler. Gardez la conscience de vos pieds et de votre axe vertical, et vérifiez que vous pouvez parler à partir de ce lieu de présence. Et, partagez ce que vous avez vécu et observé de votre échange…. En partant pour aller déjeuner, restez présent à vous-même.

Réactiver un état COACH          

Levez-vous, posez vos affaires, et retrouvez l’état COACH pour un moment en vous rappelant ce qu’a dit le pilote. Pour faire un miracle, une des clés est la pratique. Découvrez à quelle vitesse vous pouvez retrouver votre propre zone d’excellence, surtout après déjeuner. Prenez un moment pour bien enraciner les pieds, trouvez rapidement votre axe vertical, portez votre attention sur le centre du ventre, ouvrez la poitrine et votre canal, soyez alerte dans la tête, connectez tête, coeur, ventre, pieds, à la terre et au ciel, et la tête à un « moi plus grand » (par opposition au petit soi de l’égo). C’est en restant connecté à un Soi plus grand que le pilote a pu rester calme dans son épreuve. Puis faîtes de la place pour accueillir tout ce qui se présente ici. Si le pilote a créé de l’espace ou une maison d’hôtes pour accueillir la peur, vous pouvez en faire de même pour accueillir la fatigue après le déjeuner. 

Puis trouvez un partenaire différent de celui avec lequel vous avez interagi ce matin. Et une fois de plus portez votre attention à votre partenaire en notant ce que vous avez à faire pour revenir dans votre zone d’excellence ou à la présence dans votre grand Soi. Puis dîtes à nouveau « Je suis ici ». Regardez votre partenaire et quand vous sentez la présence de son grand soi, de présence humaine à présence humaine (et non de reptile à reptile ou de mammifère à mammifère), vous pouvez alors lui dire « je te vois ». Puis remarquez la résonance. Echangez pendant 5 mn à propos d’un moment de leadership, un moment où vous allez avoir à être un exemple et à encourager la coopération. Partagez avec votre partenaire un moment de leadership de votre quotidien.

A la fin de l’exercice, dans le silence et en ayant la sensation du grand soi de votre partenaire, dîtes lui « c’est bon de te voir ». Rappelez vous qui est votre partenaire car vous ferez un autre exercice avec lui. Revenez à votre chaise pour un instant.

La prochaine étape consistera à s’entraîner à garder le canal ouvert avec l’état COACH.

L’état CRASH

L’opposé de l’état COCH et du canal fermé est l’état CRASH : `

C comme Contracté au lieu de Centré
R comme Réactif au lieu de Ouvert
A comme Analyse paralysante au lieu de Alerte et Conscient
D comme Déconnecté au lieu de Connecté
H comme Heurté, haineux au lieu de Hospitalité.

On va s’entraîner à repérer le CRASH et à faire les ajustements pour revenir à un état COACH.

Dans les moments de leadership, on a bien souvent tendance à commencer à CRASHER car quelque chose arrive du cerveau reptilien (menace, peur, frustration…etc). On va commencer par un exercice de coaching très simple avec votre précédent partenaire : comment reconnaître que le canal commence à se fermer et comment l’ouvrir à nouveau.

robert-dilts-institut-repere-pnl-OLDRobert Dilts

Sources : Transcription par JL. Monsempès d’un extrait de la formation de Robert Dilts de juin 2013 à l’Institut Repère.

Leadership et intelligence émotionnelle 1/4- une définition de l'intelligence émotionnelle
Leadership et intelligence émotionnelle 2/4 - les trois cerveaux et leur formes d'intelligence
Leadership et Intelligence émotionnelle 3/4 - l'intelligence émotionnelle comme composante clé du leadership
Leadership et intelligence émotionnelle 4/4 - gérer les ressentis difficiles dans des moments de leadership