Préparer ou perfectionner aux métiers de l’accompagnement, du conseil et de la formation

Une réponse de Robert Dilts à John Grinder

Robert DILTS

Robert Dilts Institut repereJe voudrais exprimer ma profonde gratitude envers John Grinder d’avoir pris le temps d’écrire une réponse aussi riche et réfléchie suite à la publication de mon interview (voir http://www.strategies-icmc.fr). J’apprécie beaucoup chez John son désir de congruence et son intégrité vis-à-vis de sa manière de définir et de comprendre la PNL. Je partage avec lui un désir de cohérence et de clarté concernant l’histoire intellectuelle de la PNL. C’est une des raisons pour lesquelles, avec Judith DeLozier, nous avons pris quatre années pour écrire les 1600 pages de l’Encyclopédie de la PNL systémique (Encyclopedia of Systemic NLP).

John fait plusieurs remarques critiques dans sa réponse. Certaines sont en rapport avec des faits, et d’autres plus en lien avec sa vision et son interprétation de la PNL (qui, de toute évidence, puisqu’il est cofondateur de cette discipline, est très significative.)
Une question importante évoquée par John concerne la découverte des mouvements oculaires de la PNL. Bien sûr, John a absolument raison d’être préoccupé par la phrase citée dans l’interview que j’avais «découvert mouvement des yeux ». En tant qu’auteur principal de NLP Volume I, ainsi que dans la vingtaine d’autres livres que j’ai écrits sur la PNL, et dans les centaines de séminaires que j’ai animés dans le monde entier, je n’ai jamais prétendu avoir été celui qui a découvert les mouvements oculaires de la PNL, et j’étais surpris d’apprendre que j’ai été cité dans l’entretien comme ayant dit cela.

J’ai vérifié auprès de l’interviewer pour confirmer que la phrase d’origine dans l’enregistrement de l’interview en anglais était : « J’étais en fait très impliqué dans le développement pratique de tout le travail sur les stratégies … Je dirais aussi que j’ai aidé à découvrir les choses avec les mouvements des yeux. Je m’intéressais moins aux techniques thérapeutiques. J’étais intéressé par certains des principes plus fondamentaux de la PNL … ». Lors de la traduction de cette interview, le mot « aidé » a été omis. L’interviewer et moi-même présentons nos excuses pour toute confusion que cette omission malheureuse (qui a été dûment corrigée) ait pu créer.

Pour clarifier ma remarque, en effet je me considère comme ayant été très impliqué dans les premières recherches et observations autour de la découverte par John et Richard des schémas des mouvements oculaires. Je me souviens de mon excitation lorsque je me suis mis à observer les mouvements des yeux.
J’ai pris des notes et fait des rapports sur mes nombreuses observations (et j’étais peut-être la première personne à les mettre par écrit). Par contre, il est certain que ce sont John et Richard qui étaient la source des études et des observations menées.

J’ai un souvenir très clair d’un moment clé au début de l’année 1976. Je suivais le cours de syntaxe de John.
Nous discutions du pouvoir génératif du langage. Comme devoir John nous a demandé de remarquer quelque chose auquel nous n’avions pas l’habitude de prêter attention, de le nommer et d’observer en quoi notre expérience de la chose changeait. A la fin du cours, je suis allé voir John pour lui demander de clarifier de quel genre de chose il s’agissait. A un certain moment, il me dit : « Et ça ? Tes yeux viennent de bouger vers le côté. »

En prenant conscience de ce mouvement, je m’apercevais qu’en même temps j’étais « entré à l’intérieur (de moi-même) » et que je pensais à quelque chose qui était juste en dehors de mon champ de conscience. J’ai nommé ce phénomène quelque chose comme « le signal d’accès inconscient ». A partir de là, c’est comme si le voile s’était levé devant mes yeux, et j’ai tout d’un coup pris conscience de tout ce que font les gens inconsciemment pour servir de signaux d’accès : cligner des yeux, se toucher le visage, regarder vers différents endroits, faire des petits gestes, bruits et expressions du visage, etc.

John semblait content de ces observations et il m’a donné à faire des travaux plus spécifiques concernant l’observation de divers signaux, y compris les mouvements oculaires. J’ai un vif souvenir d’avoir été assis avec Judith DeLozier pendant une des réunions de groupe hebdomadaires en soirée de Bandler et Grinder.
Nous nous regardions dans les yeux en nous posant des questions et en remarquant les mouvements spontanés dans différentes directions.

Le point culminant de mes premiers travaux sur les mouvements oculaires était des recherches menées à l’institut Langley Porter à San Francisco en 1977 où on établissait la corrélation entre les enregistrements EEG d’ondes cérébrales et les mouvements oculaires et les systèmes de représentation. Cette étude a été rédigée dans Roots of NLP (1983) et elle figure également dans l’Encyclopédie de la PNL systémique (Encyclopedia of Systemic NLP), (2000).

En plus de l’historique présentée par John dans sa réponse, Judith DeLozier et moi-même soulignons dans l’Encyclopédie que la notion qu’il existe peut-être une relation entre les mouvements oculaires et les représentations internes a été suggérée au départ par le psychologue américain William James dans son livre Principes de la Psychologie (Principles of Psychology) (1890, p. 193-195). Ayant observé que certaines formes de micromouvements accompagnent toujours la pensée, James a écrit :

Je ne peux pas penser en termes visuels, par exemple, sans ressentir un mélange fluctuant de pressions, de convergences, de divergences et d’accommodations dans mes globes oculaires … Lorsque j’essaie de retrouver un souvenir ou de réfléchir, les mouvements en question … me donne un sentiment de retrait par rapport au monde extérieur. D’après ce que je peux détecter, ces sentiments viennent d’un mouvement des yeux qui tournent vers l’extérieur et vers le haut.

Il se trouve qu’il y avait en outre une vague d’intérêt par rapport à la signification des mouvements des yeux au début des années 70 lorsque certains psychologues comme Kinsbourne (1972), Kocel et al (1972) et Galin & Ornstein (1974) ont commencé à établir la relation entre les mouvement oculaires latéraux et les processus en rapport avec les différents hémisphères du cerveau. Ils ont observé que les droitiers ont tendance à bouger leur tête et leurs yeux vers la droite quand il font des tâches en lien avec « l’hémisphère gauche » (à orientation logique et verbale), et à bouger leur tête vers la gauche pendant qu’il font des tâches en lien avec « l’hémisphère droit » (à orientation artistique et spatiale). C'est-à-dire, les gens ont tendance à regarder dans la direction opposée à la partie du cerveau dont ils se servent pour effectuer une tâche cognitive. Nous étions tout à fait au courant des ces recherches.

Par contre, c’était le génie de John Grinder avec celui de Richard Bandler, qui était responsable pour la codification initiale des clés d’accès visuelles, auditives et kinesthésiques sur les axes latéraux et verticaux des mouvements des yeux.

Les autres remarques dans la réponse de John sont plutôt de l’ordre des conversations « épistémologiques » que des questions de précision historique. Actuellement avec John, nous nous rencontrons pour discuter d’un certain nombre de ces thèmes. J’ai récemment écrit une introduction à un article de John et Carmen Bostic St. Clair sur le thème de la modélisation en PNL. Il s’agit, à mon sens, d’un échange très riche qui aborde un certain nombre de questions évoquées par John dans sa réponse à mon interview. Cet échange peut être consulté sur internet en français à http://strategies-icmc.fr/.

Nous prévoyons une autre discussion pour clarifier la distinction entre le modèle de contenu et le modèle de processus. Nous publierons les résultats de cette discussion dans un autre échange sur internet dans les mois à venir.

Encore une fois, je suis très reconnaissant envers John pour ses remarques concernant mon interview, et pour son engagement à promouvoir l’intégrité de la PNL.

Robert DILTS- Santa Cruz, Californie- Janvier 2006- Article publié par PNL.Repère en mars 2006

Les références citées dans cet article

L'article de Marion Sarazin : Vers la 3ème génération de PNL, une interview de Robert Dilts
Les commentaires de John Grinder : John grinder commente une interview de Robert Dilts
La réponse de Robert Dilts à John Grinder : voir l'article sur la réponse de Robert Dilts Ou lire la réponse de Robert Dilts en anglais

Les formations du parcours PNL : du Technicien PNL au Maître praticien PNL