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J.Grinder commente une interview de R. Dilts

Par John GRINDER, co-créateur de la Programmation Neuro-Linguistique

john-Grinder.jpgJ'ai entre les mains la traduction d'une interview récemment publiée par l'école de PNL Repère dans laquelle Robert Dilts affirme un certain nombre de choses qui ont suscité mon intérêt et auxquelles je désire répondre. Depuis un certain nombre d'années, j'ai remarqué, parfois avec amusement, parfois avec agacement, et la plupart du temps avec un mélange des deux, une réécriture de l'histoire de la PNL. C'est généralement le fait de personnes qui n'étaient pas présentes aux origines de la PNL et lors des premières découvertes et qui n'ont pas la moindre idée des événements qu'elles prétendent commenter. Un tel comportement peut être dû à l'ignorance ou être malintentionné; il est souvent difficile de déterminer s'il s'agit de l'un ou de l'autre. Cependant quand quelqu'un d'aussi connu et qui est aussi bien placé que M. Dilts pour savoir ce qui s'est effectivement passé essaie de réécrire l'histoire de la PNL, l'amusement que j'aurais pu ressentir en d'autres circonstances se dissipe assez rapidement. Je ne doute en aucun cas de l'intelligence de M. Dilts - donc il ne peut s'agir ici d'ignorance. Certaines des choses affirmées dans cette interview posent question sur d'autres aspects de son comportement et sur les intentions sous-jacentes.

I- Dans cette interview M. Dilts affirme

"Au début j'ai été très impliqué dans tous les développements pratiques relatifs aux stratégies et j'ai aussi découvert le mouvement des yeux."

On ne peut donner qu'une gamme limitée d'interprétations à ce à quoi M. Dilts fait référence dans cette phrase. L'interprétation la plus probable est qu'il fait référence à ce qui est maintenant bien connu comme le mouvement des yeux - essentiellement les six principaux mouvements des yeux d'une personne qui révèlent inconsciemment le système de représentation (visuelle, auditif ou kinesthésique) sur lequel la personne se branche à ce moment-là et qu'elle utilise comme base pour un type de "processus interne" qu'on décrit de manière imprécise comme le fait de penser. Ce schéma-là [celui du mouvement des yeux] est assez inhabituel pour plusieurs raisons. J'en mentionnerai ici deux :

1. La calibration est l'art (hautement développé chez les praticiens de PNL qui ont été bien formés) de détecter un ensemble cohérent d'indices non-verbaux (et inconscients) chez une personne en particulier et de remarquer que quand ces indices sont présents, la personne est dans un état particulier qui va tendre à faire émerger certains types de comportements. Un des axiomes de la PNL est qu'alors que les dictionnaires de comportement verbal (les différentes langues naturelles) sont certainement légitimes et utiles un dictionnaire de comportement non-verbal est, en général, un oxymore. En effet, l'importance donnée à la calibration dans les formations en PNL est une reconnaissance tacite du fait que tout praticien désirant apprécier la complexité des signaux inconscients résultants de processus inconscients devra calibrer à nouveau pour chaque client car il est rarement légitime de transférer la calibration d'un client à un autre. Cette pratique a pour but d'éviter des interprétations impropres (ce qu'on appelle lire les pensées) par les praticiens de PNL et les violations éthiques (imposer un contenu au client) qui se produisent généralement quand la calibration est absente ou inadéquate.
Tout cela fait du mouvement des yeux découvert et codifié en PNL par moi-même et Richard Bandler au milieu des années 70 quelque chose de très particulier : les mouvements des yeux sont (d'après les observations faites jusqu'ici) universels dans notre espèce. C'est assez surprenant et utile. Alors que les préférences spécifiques des systèmes de représentation ou les niveaux de compétence atteints par un individu en particulier sont influencés par la modélisation implicite de la famille d'origine et d'autres  éléments du contexte d'apprentissage précoce, les mouvements des yeux eux-mêmes sont indépendants non seulement de l'histoire personnelle et de tous les contextes d'apprentissage variés et particuliers des individus mais aussi de la culture et de la langue. C'est donc un schéma extrêmement solide.

2. L'immense majorité des schémas encodés en PNL proviennent de l'activité centrale en PNL : la modélisation des génies. Le mouvement des yeux auquel M. Dilts fait référence dans son interview est  une des rares exceptions. Bien sûr la modélisation que Bandler et moi avons faite du Dr. Milton H. Erickson et de Virginia Satir a mis en évidence pour nous l'importance de la calibration et nous a sensibilisé à l'influence des systèmes de représentation. De plus, notre création (à Bandler et à moi-même) du premier modèle en PNL (le méta modèle publié en 1975 dans The Structure of Magic) a ouvert la voie à la reconnaissance de l'utilisation systématique de prédicats comme indicateurs des préférences de système de représentation (à nouveau, Visuel, Auditif et Kinesthésique). Mais ce sont ces éléments (et non pas la modélisation au sens PNL du terme) qui ont été à l'origine de notre découverte et de l'encodage du mouvement des yeux. Ainsi, le schéma du mouvement des yeux sort du lot comme étant une des seules contributions de Bandler et de moi-même qui ne soit PAS le résultat de l'application de la discipline de la modélisation de la PNL et j'en suis assez fier.
C'est pourquoi je demande respectueusement à M. Dilts soit de corriger l'erreur dans cette interview soit, si la citation de cette interview constitue une représentation exacte de ce qu'il a dit, de retirer ces propos qui sont parfaitement inexacts afin de ne pas induire en erreur les lecteurs de cette revue quant aux faits historiques de la découverte et de l'encodage du mouvement des yeux en PNL.

II- M. Dilts affirme dans cette interview que,

"J'ai développé l'utilisation du modèle TOTE qui n'était pas employé en PNL auparavant"

Le modèle TOTE a été créé par Eugene Galanter, Karl Pribram et George Miller (qui est également l'auteur du magnifique article auquel il est si souvent fait référence, et ce à raison d'après moi, en PNL, The Magic Number Seven plus or minus Two) dans leur excellent ouvrage Plans and the Structure of Behavior dans lequel ils ont proposé une alternative hautement nécessaire à la théorie du stimulus-réponse strict (S-R) soutenue par B.F.Skinner. Chomsky a mis en évidence la profonde inadéquation formelle de la théorie S-R mais c'est le travail remarquable des trois hommes mentionnés ci-dessus qui a offert la première alternative cohérente et utile à cette théorie - ce qui est toujours un pré-requis pour un changement de paradigme. Pendant l'année scolaire 1969-70, alors que je terminais mon doctorat en linguistique à l'Université de Californie à San Diego, on m'a proposé de travailler comme chercheur invité dans le laboratoire de George Miller à l'Université Rockefeller à New York. C'est dans ce contexte que ma compréhension du modèle TOTE (que je connaissais déjà grâce au livre cité ci-dessus) s'est approfondie grâce aux discussions et mises en oeuvres avec George Miller et d'autres professeurs invités (Paul Postal, Tom Bevers…) et d'autres chercheurs invités. Cela a été un moment très stimulant et très utile dans mon développement intellectuel. Tout comme la Théorie Automata est à la base de beaucoup de mes réflexions (autrefois comme aujourd'hui), le modèle TOTE faisait implicitement et explicitement partie de ma pensée et du travail que j'ai proposé depuis les origines de la PNL.

III. M. Dilts affrme

En réponse à une question de la personne qui l'interviewe sur ce dont il est particulièrement fier (dans le contexte de son travail en PNL) affirme la chose suivante (entre autres choses) :

"… j'ai développé le domaine de l'identité et du sponsorat et j'ai aidé à connecter la PNL à des aspects plus profonds comme les aspects spirituels. " "et j'ai aussi créé le SCORE avec Todd Epstein ainsi que le SORE."

Ceci est parfaitement exact - M. Dilts est l'auteur (ou le co-auteur dans certains cas) de ces modèles de contenu. En plus d'avoir imposé du contenu par sa proposition des Niveaux Neuro-Logiques (une critique complète en a été faite dans Whispering), il a réussi à introduire de la confusion chez les gens en présentant des schémas et des modèles de contenu- des schémas et des modèles qui violent un des fondements éthiques de la PNL - l'engagement à respecter la distinction forme (ou processus si vous préférez)/contenu. Cette distinction est, dans ma vision des choses encore une fois, un des éléments qui différencie la PNL des autres disciplines et lui a permis de se répandre comme une traînée de poudre depuis ses origines dans le comportement (qui consistait en modélisation, principalement) de deux étranges créatures (Bandler et Grinder) qui se baladaient dans les montagnes de Santa Cruz dans divers états altérés de conscience, à la poursuite d'une possibilité tout juste entrevue mais radicale et qui a bien dépassé leurs intentions de départ en matière de diffusion dans le monde. M. Dilts, bien que chacun des deux co-créateurs ait été son tuteur direct, a montré une remarquable constance à ne pas comprendre ce point. C'est précisément parce qu'il n'y est exigé de s'inscrire dans aucune valeur ou croyance particulière que la PNL traverse si aisément les barrières culturelles et linguistiques et est aisément et respectueusement intégrée dans divers systèmes. Et ce qu'il porte à son crédit est une dégradation de la discipline même qui lui permet de gagner sa vie. Plus loin dans l'interview, il décrit la PNL comme formant trois générations et la décrit comme souffrant dans la phase initiale d'être trop californienne. Je trouve cela étrange - autant que je sache, il ne me semble pas que M. Dilts ait acquis des compétences dans d'autres langues que l'anglais (américain). Bien que j'aie encore beaucoup de chemin à parcourir pour en atteindre la maîtrise, j'ai des compétences dans 8 langues et un immense appétit en la matière. Je trouve que ses commentaires sont à la fois destinés à le mettre en valeur et manquent de sincérité. C'est précisément parce qu'elle évite les problèmes de contenu tels que les croyances, les valeurs et autres formes d'imposition de contenu, que la PNL a réussi à être aussi inclusive. La modélisation, par exemple, des processus par lesquels notre espèce dans sa quête apparemment compulsive de stabilité et de sécurité, génère puis embrasse ses propres créations - les croyances, valeurs et "aspects plus profonds de la vie" … - serait un travail de modélisation brillant et utile - mais de présenter arbitrairement UN ENSEMBLE PARTICULIER, quel qu'il soit, de valeurs, croyances et même hiérarchies de ces étonnantes créatures - comme si elles possédaient une validité et/ou une stabilité pour des individus différents et encore plus des cultures différentes, est un travestissement et une imposition de contenu. Les caractéristiques mentionnées ci-dessus placent ce travail très loin en dessous du niveau minimum d'éthique et de précision qui a permis à la PNL de s'épanouir. Oui, une modélisation des PROCESSUS par lesquels les êtres humains créent ce type de constructions serait une tâche légitime et susceptible d'être utile mais de tomber aussi bas que d'imposer ses propres croyances, valeurs … est assez étonnant.

Afin d'éviter tout malentendu à ce sujet, je respecte tout à fait le droit de M. Dilts et de chaque lecteur de la réponse que je fais à l'interview de M. Dilts de créer et d'embrasser n'importe quel ensemble de croyances ou valeurs qu'il ou elle choisit, tout en me réservant le droit de les contester (en grande partie en raison des conséquences qu'elles supposent) mais ceci est tout différent du fait d'imposer ses propres croyances et valeurs. Ce qui est en question ici et également dans la distinction faite en modélisation que je présente brièvement ci-dessous dans le point IV est la définition même de la PNL - est-ce qu'on va ignorer ces distinctions et laisser cette discipline, cette forme d'apprentissage ancienne et puissante (la modélisation), aujourd'hui retrouvée et explicitée, et la stratégie libre de contenu et purement syntaxique qui est au coeur de la PNL depuis sa conception, être balayée par le vent, ou est-ce le futur va nous apporter une nouvelle vague de modélisations libres de contenu des génies venus de tous les coins de la planète pour nous inspirer et nous imprégner et pour élever le niveau du jeu (comme cela est proposé dans Whispering à la page -Vie.)

IV- M. Dilts affirme dans un autre passage de l'interview :

" Success Factors Modeling " d'une certaine façon est de la PNL pure puisque c'est de la modélisation pas trop encombrée des techniques existantes.

L'activité qui se trouve au coeur de la PNL est la modélisation avec une exigence unique qui est que, pendant la phase d'assimilation inconsciente, le modélisateur suspende toute tentative de compréhension ou d'analyse du comportement du génie qu'il ou elle est en train de modéliser afin d'éviter de contaminer le produit résultant du travail - le modèle explicité de la structuration [patterning] du génie. Quiconque prétendrait modéliser en PNL tout en ne respectant pas cette exigence serait tout simplement ignorant ou bien ne respecterait pas une des distinctions fondamentales qui différencie la modélisation en PNL d'autres formes parfaitement légitimes de modélisation. Le modèle de fluctuations de population des biologistes, le modèle des "patterns" de la mécanique quantique des physiciens, tels que celui de l'enchevêtrement, les modèles de barrages, de bâtiments, de ponts des ingénieurs … et tout ceci est un usage parfaitement légitime du terme de modélisation. La modélisation en PNL se différencie de telles activités grâce à la distinction proposée ci-dessus. Ma co-auteur Carmen Bostic St. Clair et moi-même dans un ouvrage récent, Whispering in the Wind (voir www.nlpwhisperinginthewind.com), avons publiquement appelé M. Dilts ( qui se spécialise dans quelque chose qu'on peut peut-être appeler la Modélisation Analytique) à respecter cette distinction fondamentale - il n'a jusqu'ici pas répondu. Au passage, la véritable histoire de la découverte des systèmes de représentation et notamment du mouvement des yeux peut aussi être trouvée dans cet ouvrage pour ceux d'entre vous qui désirent savoir ce qui s'est effectivement passé. Je m'oppose avec force à cette vue des choses - M. Dilts est tout à fait conscient que la forme de modélisation qu'il propose, qui est d'orientation analytique de type cerveau gauche (et qui dans cette version étiquetée la plus récemment implique la mise en oeuvre des méthodes d'agrégation qui sous-tendent les méthodes statistiques) est une déformation grossière de la distinction fondamentale en modélisation qui est à l'origine de la discipline grâce à laquelle M. Dilts gagne sa vie. Cependant, en dépit de cet immense fossé entre ce qu'il fait (de la Modélisation Analytique) et la modélisation en PNL telle qu'elle a été définie à l'origine par Bandler et moi-même et par la suite par Bostic et moi-même dans une forme parfaitement explicite dans Whispering, il continue à parler comme si la distinction n'existait pas. En tant que co-créateur de la PNL, je trouve cela parfaitement inacceptable et demande (encore une fois comme Bostic et moi-même l'avons fait dans Whispering) qu'il respecte cette distinction absolument fondamentale entre la modélisation telle qu'elle est définie dans la discipline de la PNL et ce qu'il fait, que nous nommerons ici, par commodité, la Modélisation Analytique. Gommer cette distinction signifierait, dans ma vision des choses, perdre l'innovation la plus radicale que la PNL ait à offrir au monde. M Dilts, continuez avec votre Modélisation Analytique et je vous souhaite de réussir, mais n'agissez pas comme si cette distinction fondamentale n'existait pas - c'est précisément la distinction qui différencie la PNL de toutes les autres formes d'apprentissage que je connais. C'est un prix bien trop élevé à payer pour de l'avancement professionnel.

Je termine avec l'observation suivante. Dans le roman de George Orwell qui s'intitule 1984, l'auteur offre de nombreuses prises de conscience relatives aux mouvements sociaux et aux processus qui déterminent s'ils vont promouvoir, par leurs suites, une progression ou une régression en matière de  libération personnelle.
La PNL, par la forme de sa mise en oeuvre (en respectant la distinction entre forme ou processus et contenu mentionnée dans la critique ci-dessus) et par son activité centrale (la modélisation telle qu'elle est suggérée ci-dessus et plus amplement expliquée dans Whispering) représente avec ces distinctions un chemin pour promouvoir à la fois l'excellence au niveau social et la libération au niveau individuel. Comme Orwell le suggérait (le terme de contrôle pose problème, mais c'est bien vu) : Celui qui contrôle le passé contrôle le futur!

En gardant ces conséquences à l'esprit, j'ai pris le temps de contester et de corriger certaines inexactitudes historiques proposées par M. Dilts dans son interview et proposé un commentaire sur ce que je perçois comme les conséquences susceptibles d'émerger dans le contexte actuel du futur incertain de la PNL si certaines distinctions ne sont pas respectées. J'espère sincèrement que M. Dilts prendra tout ceci en considération et prendra une décision congruente quant à la manière dont son immense talent pourrait être mis au service d'un rêve maintenant vieux de trente ans et dont Bandler et moi-même sommes à l'origine. Si ce que je propose vous semble, à vous lecteur, déraisonnable, alors je vous rappelle la fine observation de George Bernard Shaw :

Les hommes raisonnables s'adaptent au monde Les hommes déraisonnables essaient d'adapter le monde à eux C'est pourquoi tout progrès dépend des hommes déraisonnables !

À l'exception de l'usage exclusif du genre masculin, je suis en parfait accord avec M. Shaw.

John GRINDER Co-Créateur de la Programmation Neuro- Linguistique.

Article publié par PNL.Repère - 29/03/2006

Les références citées dans cet article

L'article de Marion Sarazin : Vers la 3ème génération de PNL, une interview de Robert Dilts
Les commentaires de John Grinder : John grinder commente une interview de Robert Dilts
La réponse de Robert Dilts à John Grinder : voir l'article sur la réponse de Robert Dilts Ou lire la réponse de Robert Dilts en anglais