Préparer ou perfectionner aux métiers de l’accompagnement, du conseil et de la formation

Echecs, feedbacks et apprentissages (3/6)

Jean-Luc Monsempès

Jean-Luc-Monsempes-InstitutLes erreurs que nous pouvons faire de l'interprétation des événements et des situations ne vient pas d'un manque d'intelligence ou de raisonnement, mais plutôt de nos modes de perception, qui sont normalement et naturellement inaptes à nous renseigner de façon complète et objective sur ce qui se passe en nous ou autour de nous. Il est donc utile de rester conscient des pièges que peuvent constituer la subjectivité de nos mécanismes perceptifs car ces derniers influent grandement sur nos modes de communication. Mieux se connaître est un bon moyen d'enrichir, d'élargir et de réorienter nos modes de perception et de mettre plus de lumière sur ces modes de perception. Quelques citations pour illustrer ces propos :  « Nous piétinerons éternellement aux frontières de l’inconnu, cherchant à comprendre ce qui restera toujours incompréhensible. Et c’est précisément ce qui fait de nous des hommes » Isaac ASSIMOV; « Une critique honnête est difficile à entendre, surtout de la part d’un parent, d’un ami, d’une connaissance, ou d’un inconnu » Franfkin P. JONES; « L’être (au sens d’existence quotidienne, comme on dit), ne détermine pas la conscience, c’est la conscience qui détermine l’être » Marina TSVETAEVA ; « Pourquoi l’homme a-t-il une ombre ? Cela est du à ce que la lumière intérieure y fonctionne mal » Emma ANDIEVSKA

Les feed-backs élargissent notre niveau de conscience

La fenêtre de JOHARI de J. LUFT et H. INGHAM illustre simplement l’utilité du feed-back dans la connaissance de soi. 

La lumière de la fenêtre de JOHARI

Cette fenêtre est une matrice de lecture de nos comportements en situation relationnelle. Elle permet de représenter les écarts d'informations existant entre soi et les autres.

figure_1_troisieme_partie

Le grand jour (1) : c’est ce qui est connu de moi et des autres (le plus souvent les caractéristiques de mon état civil) en situation relationnelle. C'est ce qui permet une communication simple et efficace qui développe l'objectivité. C’est mon aspect « public ». Dans cette zone, les émotions et les valeurs ont une place réduite. Plus j’augmente cette zone, plus je laisse la place à un moi authentique, que je ne pourrais connaître autrement

La zone aveugle (2) : elle représente ce qui est ignoré de moi et que les autres connaissent en situation relationnelle (ce qui est entendu des caractéristiques de ma voix et ce qui est vu de mes comportements). C'est l'image de soi donnée aux autres. Elle est souvent méconnue par son propriétaire. La personne qui reçoit une information en contradiction avec l'image qu'elle a élaborée d'elle-même, va se sentir menacée et peut réagir avec des mécanismes de défense (fuite, déni, attaque, justification). Ma capacité à recevoir des feed-back se situe à ce niveau. Plus je développe ma capacité à demander des feed-back, à écouter ce que vous avez à me proposer, plus je peux apprendre à mon sujet.

La face cachée ou le masque (3) : c’est ce qui est connu de moi et inconnu des autres. C'est la zone d'intimité que je ne souhaite pas révéler spontanément aux autres pour diverses raisons. Je peux augmenter cette zone en choisissant d’être vulnérable ou en m’aventurant dans de nouveaux domaines.

L'inconnu ou la zone aveugle (4) : elle représente ce qui est autant ignoré de moi que des autres. Cette zone la plus inconsciente de nous résulte de la face cachée et de la zone aveugle. Nous avons besoin de notre volonté à travailler avec notre inconscient pour explorer et éclairer ce territoire. Ce qui est facilité par un travail sur le rêve, la visualisation, le modèle des parties, la ligne du temps.

Accroitre le quadrant du grand jour

La connaissance de soi vise à accroître le quadrant du grand jour, ce qui nécessite de réduire la subjectivité de nos mécanismes perceptuels. Cette « mise en lumière » du fonctionnement de certaines parties de moi est facilité par l’expression aux autres des éléments de la face cachée ou alors en intégrant les feed-back reçus à propos de la zone aveugle.

Enrichir, élargir et réorienter nos modes de perception

Accroître le quadrant du grand jour au travers de ses expériences relationnelles, permet d’élargir la conscience de soi, de renforcer sa capacité de perception, de générer plus de choix dans ses modes de communication. Accroître sa capacité perceptuelle permet également :

- de substituer progressivement l'image de soi que l'on s'est forgée (l’égo), par l'estime de soi.
- de questionner ses croyances (les permissions que nous nous donnons) et ses valeurs (nos motivations)
- de clarifier ses mécanismes habituels de défense
- d’intégrer et d’aligner toutes les parties de soi
- d’avoir une meilleure conscience de son propre mode de fonctionnement.

figure_2_troisieme_partie

Accepter de recevoir un feed-back sur nos zones cachées et aveugles, c’est accepter d’être vulnérable et humble en mettant sa fierté de côté. Et quand nous avons appris à recevoir et accueillir positivement des feed-back, nous pouvons nous donner la permission d’offrir des feed-back aux autres.

A suivre …..

Dans la quatrième partie :
- Le rôle du feed-back dans le processus d’apprentissage d’une compétence
- Les différentes techniques de feed-back