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Echecs, feedbacks et apprentissages (1/6)

Jean-Luc Monsempès

Jean-Luc-Monsempes-InstitutPour pouvoir nous adapter sans cesse à un monde de changement, l’apprentissage permanent et la remise en cause sont des valeurs sures. L’environnement nous adresse de nombreux signaux nous informant de notre progression dans la réalisation de nos buts, comme des écarts que nous faisons par rapport à notre chemin individuel. Ces signaux nous invitent à changer nos habitudes, à développer nos ressources. Ces signaux ou feed-back sont là pour nous montrer une direction, parfois pour nous sauver la vie. Les feed-back nous aident à être pleinement dans un environnent et sont source d’énergie, d’apprentissage, de croissance et de vie. Le feed-back est comme le carburant de notre chemin de vie. Quelque soit leur source, interne ou externe, sachons les accueillir et reconnaître leur valeur. Si vous ne pouvez pas facilement recevoir et donner un feed-back, vous vous préparez des moments difficiles dans vos apprentissages et dans votre vie. Si en revanche vous savez donner et recevoir des feed-back, vous disposez alors des qualifications fondamentales pour prospérer dans le monde en changement dans lequel nous vivons.

La fonction systémique du feed-back

Tout système ouvert s’intègre dans un environnement avec lequel il échange énergie, matière, information pour assurer son maintient, sa survie et son développement. La première qualité d’un système ouvert est sa capacité d’adaptation aux changements de son environnement. Ces adaptations se font par un mécanisme de feed-back ou de rétroaction. Les résultats produits par le système donnent des informations « en retour » au système pour le guider ou le réguler dans les ajustements nécessaires. Si un système mécanique vise le maintien d’une utilité, un système vivant vise une progression vers une finalité.

Les sources de feed-back

Le feed-back peut avoir différentes sources.

- Une source interne au système. C’est par exemple ce que je me dis ou ce que je ressens à propos du résultat directement produit par moi en tant que système vivant.
- Une source externe au système. C’est par exemple les conséquences du résultat du système sur un environnement. Dans un processus d’apprentissage, le feed-back peut par exemple venir d’un système de contrôle ou d’observation (Enseignant, formateur, caméra, enregistrement…etc

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Les mécanismes de feed-back

Les mécanismes de régulation sont des « rétroactions » ou « feed-back », c’est-à-dire des actions d’ajustement réalisées à partir du « retour » d’information en provenance du système. Les mécanismes de régulation ont pour fonction d’assurer une cohérence des processus de fonctionnement du système, par rapport à un nouvel objectif, ou par rapport à une norme de fonctionnement. Les rétroactions seront qualifiées de positives ou négatives en fonction des effets sur le système.

Les rétroactions négatives ont pour but de maintenir le système dans ses normes, en produisant des résultats qui permettent une stabilité (une homéostasie). Les feed-back négatifs vont donc s’opposer aux déviations du système et sont nécessaires pour équilibrer ou stabiliser les parties d’un système. Un feed-back est dit négatif quand il maintient un état présent et s’oppose à la tendance naturelle du système à évoluer. A toute pression interne ou externe, le système oppose une force contraire qui lui permet de maintenir sa structure et son mode de fonctionnement conforme à une norme. L’homéostasie est souvent utile à la survie du système dans un environnement stable et peut être destructrice dans un environnement instable ou très évolutif. L’homéostasie est donc une résistance au changement de l’état présent dans sa structure ou son mode de fonctionnement. Dans cette situation d’instabilité de l’environnement, il conviendra de définir le sous système dont la stabilité doit être renforcée pour faciliter l’évolution d’autres sous-système.

Les mécanismes de rétroaction positifs ont pour but de changer de normes, en produisant des résultats qui permettent un changement d’état. Une rétroaction positive engage un système dans un processus de changement. Les rétroactions positives éloignent le système de son état homéostatique initial (Etat Présent), pour l’installer dans un nouvel état (Etat Désiré) Les feed-back positifs encouragent les écarts et déviations du système et sont donc nécessaires aux parties d’un système pour grandir et croître.

Les termes positifs ou négatifs utilisés pour qualifier la rétroaction n’ont pas de signification d’ordre moral. Ces termes se réfèrent uniquement à la signification du résultat obtenu et signalent seulement une augmentation ou une réduction d’un écart par rapport à une norme. Un feedback négatif indique qu’un but n’a pas été atteint alors qu’un feed-back positif indique qu’il a été atteint et quoi faire de plus.

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Le rôle des feed-back dans les systèmes vivants

Sans un système de régulation il n’y aurait pas d’homéostasie, et sans feed-back nous aurions du mal à survivre
La fonction du Système Nerveux Périphérique est de capter les informations sensorielles venant de l’environnement externe ou interne puis de transmettre cette information, par des fibres sensitives, au Système Nerveux Central (SNC). Cette information entrante est comparée aux normes biologiques essentielles qui doivent être maintenues pour assurer notre survie (équilibre circulatoire, thermique, glycémique, ionique, respiratoire…etc). Pour corriger des écarts le SNC va envoyer les messages (la faim, la soif, les frissons, la fatigue, le sommeil) permettant les ajustements nécessaires au maintient de l’homéostasie. Les messages sont clairs et incitatifs. Le système nerveux dit autonome régule de nombreuses activités involontaires et inconscientes telle que la température, la circulation, la respiration, la transpiration, la salivation, et de nombreux mécanismes nécessaires à notre survie. Pour notre plus grand bénéfice, cette boucle de feed-back automatisée apporte les meilleures réponses de façon inconsciente ! D’un point de vue PNL, le Système Nerveux Périphérique intègre les étapes d’entrée et de sortie de tout système sensoriel de représentation.

Alors comment se fait-il que cette intelligence qui régule si bien nos constantes biologiques ne soit pas aussi performante au niveau du fonctionnement de notre psychologie ? Le système est tout aussi performant car nous recevons sans cesse des feed-back émotionnel nous informant du degré de satisfaction de nos normes psychologiques (nos valeurs, croyances, identité). Les niveaux de notre biologie ou de notre psychologie visent des objectifs distincts. Le premier assure sa survie par une recherche de stabilité alors que le second assure son bien-être par un processus constant de développement et d’instabilité progressive.

La difficulté vient peut-être du fait que pour notre équilibre psychologique, pouvons choisir des normes erronées ou périmées, nous pouvons choisir de ne pas les actualiser en fonction de notre développement, nous pouvons choisir de ne pas écouter les feed-back de notre corps et rester des analphabètes émotionnels. Si je fais le choix de croire que mon développement en tant qu’humain est proche de celui de l’animal, c'est-à-dire rapidement abouti, je peux faire le choix de n’écouter que les feed-back en rapport avec mon animalité (ma faim, ma soi, mes pulsions sexuelles..). Et autant se débarrasser rapidement des autres messages à coup d’anxiolytiques ou d’antidépresseurs ! Je peux aussi faire le choix de croire que mon développement en tant qu’humain n’est jamais terminé, que j’ai une singularité à exprimer, et que la vie est un apprentissage permanent et très gratifiant Comment alors ne pas être à l’affût de toutes ces nouvelles expériences qui vont m’enrichir de nouveaux feed-Back ?

Le système de feed-back et de feed-forward des émotions

Les émotions sont des sources d’information qui nous informent des conditions de l’environnement et nous indiquent ce qu’il convient de changer en nous ou dans notre environnement.

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La boucle de rétroaction ou de « feed-back »

La boucle donne une information par rapport à ce qui vient de se passer ou ce qui s'est passé, et comment je ressens cet événement. " Ou j'en suis ? " Les émotions me donnent des informations sur le statut ou le degré de satisfaction de mes critères : sont-ils juste satisfaits (satisfaction), ou dépassés (joie), ou pas satisfaits (gêne, frustration), ou brutalisés (colère, désespoir).
Les émotions sont comme des thermostats qui permettent de répondre à la question " Ou j'en suis maintenant ?"

La boucle de "feed-forward"

Ce système d'évaluation est cognitif, et nécessite un état émotionnel neutre. La boucle donne une information par rapport à mes buts et les moyens qui vont me permettre d'y accéder : quelle est l'émotion qui me prépare le mieux à l'action ?
Si par exemple avant de passer un examen, je me dis " Je redoute de passer cet examen", c'est un constat, une évaluation donc du feed-back. Si je me dis " Pour passer cet examen que je redoute, quelle est l'émotion qui me prépare le mieux à avoir le comportement approprié ? ", c'est de la préparation à l'action, donc du feed-forward

La fonction des émotions

On considère avec la programmation neuro-linguistique (PNL) que toutes les émotions sont utiles par leurs fonctions d’information.

Exemples d’attributs fonctionnels des émotions

Les émotions fournissent des signaux à propos de l’état présent et de plus un message à propos de l’action à mener pour atteindre notre état désiré. Avec la PNL on parle de « l’attribut fonctionnel » des émotions.

EmotionsSignalActions à mener

Coincé

Nécessité de sortir de nous même pour rentrer en relation avec le monde extérieur

Mettre en oeuvre des ressources comportementales

Colère

Nécessité de mettre fin au "viol" d'un critère intérieur ou extérieur

Découvrir le critère et faire quelque chose de différent pour mieux le respecter

Confusion

Manque d'information ou informations contracdictoires

Prendre du recul pour clarifier les informations disponibles ou manquantes

Culpabilité

Nous avons violé un critère important

Vérifier l'adaptation du critère violé à la situation présente ou de le changer

Découragement

Nos réserves et ressources s'épuisent

Faire appel à des ressources internes ou externes, ou modifier nos objectifs

Déception

Nos attentes ne sont peut être pas adaptées à nos moyens

Définir en quoi nos attentes sont irréalistes et les adapter à nos moyens

L’échelle de conscience émotionnelle

Comprendre et mettre en pratique le système de feed-back et de feed-forward des émotions pour nous adapter au mieux à notre environnement, relève d’une véritable intelligence émotionnelle.
En dehors des émotions fortes telles que la colère, la peur, la tristesse et la joie, nous sommes le plus souvent peu conscient de la force des émotions, de ce qui les déclenche et de ce que nous pouvons en faire. Pour Claude Steiner, un des pionniers de l’Analyse Transactionnelle, il existe une éducation émotionnelle avec différents niveaux de conscience émotionnelle, nous permettant de développer des capacités relationnelles de plus en plus riches.

Un niveau de conscience émotionnelle élevé permet d’interagir au mieux avec mon environnement humain. Le niveau de conscience émotionnelle va déterminer mon niveau de capacité émotionnelle, c’est-à-dire une capacité à intégrer les manifestations des messages émotionnels (distinctions qualitatives et quantitatives), à définir leurs causes, et a utiliser ces informations pour préciser ce qu’il convient de faire (objectif) dans cette situation et les effets positifs de cette décision.

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L'engourdissement

Vous n'avez aucune conscience de vos ressentis même en cas de forte intensité. Les émotions sont comme congelées et hors de portée de la conscience. Elles sont généralement plus conscientes pour l’entourage, par la calibration de votre physiologie, que pour vous.

Les sensations physiques

Vos émotions ont un impact physique (par exemple : maux de tête, vertiges), mais vous n'avez pas conscience des émotions elles -mêmes. La personne somatise en ayant conscience que son rythme cardiaque s’accélère mais en restant inconsciente de sa peur.

L'expérience primaire

Vous êtes conscient de vos émotions, mais vous ne savez pas les comprendre, ni les contrôler. Les émotions sont alors perçues comme un niveau élevé d’énergie perturbatrice. Ne pouvant ni en parler, ni les comprendre, vous avez une grande sensibilité et vulnérabilité à des émotions.

La barrière verbale

Pour parler de ce que nous ressentons, nous avons besoin d’un environnement qui accueille et encourage le dialogue émotionnel afin de pouvoir partager nos émotions avec les autres.La différenciation : vous apprenez à reconnaître les différentes émotions et leur intensité. Vous prenez conscience des différences entre les émotions de base telles que la colère, l'amour, la honte, la joie ou la haine, et de l’apparition des ressentis simultanés que vous pouvez nommer.

La causalité

Vous pouvez non seulement distinguer vos émotions, mais aussi identifier les événements qui déclenchent notre réponse émotionnelle. Vous commencez à comprendre pourquoi vous ressentez ce que nous ressentez.

L'empathie

Vous êtes conscient des émotions des autres. Vous développer vos pouvoirs d’empathie en posant des questions et en demandant des feed-back aux autres sur ce que vous venez de dire ou faire. Le feed-back est l’unique moyen d’augmenter votre intuition empathique.

L'interactivité

Vous connaissez suffisamment bien vos émotions et les émotions des autres pour savoir comment telle personne va réagir à la colère, à la peur, à la tristesse. Vous pouvez prévoir comment vous allez réagir et comment deux personnes vont réagir dans une situation donnée.

Pour Claude Steiner, la conscience émotionnelle signifie :

- savoir ce que nous ressentons
- savoir ce que les autres ressentent
- découvrir la cause de ces ressentis
- connaître l’effet probable de nos ressentis sur les autres.

Et pour prendre conscience de toutes ces informations à propos des émotions, avoir une bonne gestion des feed-back apparaît indispensables.

Le feed-back comme unité de reconnaissance de notre environnement

Pour l’Analyse Transactionnelle, le feed-back est un « stroke », une unité de reconnaissance de notre environnement. Nous sommes des êtres sociaux ouverts sur ce monde intérieur et extérieur avec lequel nous voulons communiquer pour mieux nous y adapter. Ces feed-back ont bien plus qu’une simple valeur informative, car ils contribuent à satisfaire des besoins physiologiques et psychologiques légitimes et fondamentaux. Légitimes dans la mesure ou ils constituent un droit au même titre que celui de boire et manger, et fondamentaux dans la mesure ou leur absence peut avoir de graves conséquences sur notre santé. La non satisfaction des besoins psychologique est gravement dommageable, au même titre que la non satisfaction des besoins physiologiques. Etre privé de feed-back psychologiques, c’est être en situation de « déprivation sensorielle ». C’est le manque de feed-back de mon environnement qui est intolérable, bien plus que la qualité du feed-back. Etre psychologiquement affamé ou assoiffé, c’est être prêt à fouiller dans les poubelles à feed-back pour me nourrir, à boire des feed-back pollués et à mendier des feed-back de moins bonne qualité pour combler un manque. Comme le manque est intolérable, rien de mieux que le déclenchement d’un conflit pour obtenir quelques feed-back injurieux. C’est mieux que rien !

En matière de feed-back il y a de grandes inégalités sociales…Certain vivent dans l’abondance et la richesse car ils savent aller chercher dans leur environnement les feed-back de bonne qualité (efficaces) dont ils ont besoin pour assurer leur croissance et qui nourrissent leur estime de soi. Puis il y a les classes moyennes qui reçoivent au quotidien des feed-back de pauvre qualité, et qui ne savent pas comment faire pour aller chercher ceux dont ils auraient besoin. Enfin il y a ceux qui vivent dans la pauvreté et qui ne reçoivent de leur environnement que des feed-back qui réduisent la personne au lieu de la faire grandir. Ce type de feed-back ne reconnaît ni les capacités, ni les valeurs, ni l’ identité de la personne. Il y a une véritable « économie » du feed-back et le modèle le plus courant est celui de la pénurie. Il n’y en aura pas pour tout le monde ! Pourtant le stock est inépuisable puisque ce sont des mots ou des gestes ! Une bonne gestion des feed-back nécessite quelques compétences - savoir demander, accepter, refuser, trier, donner et se donner des feed-back- et surtout quelques croyances sur le caractère inépuisable des sources de feed-back. Et pour vivre dans l’abondance, il est parfois utile d’actualiser ses croyances : c’est possible et important pour moi de recevoir des feed-back, j’ai les compétences, j’y ai droit comme les autres et je le mérite.

A suivre …..

Dans la deuxième partie : La boucle d’apprentissage du T.O.T.E ; Les conditions d’efficacité du feed-back; Les présuppositions utiles pour faire des feed-back efficaces

Références : Robert Dilts et Judith DeLozier- Encyclopedia of Systemic Neuro-Linguistic Programing and NLP New Coding ; Dominique Bériot, Du microscope au macroscope, ESF 1992 ; Claude Steiner : l’A.B.C des émotions, Développer son intelligence émotionnelle, InterEditions Paris 1998

Il n’y a pas d’échec mais que des feed-back et des apprentissages - 2ème partie
Il n’y a pas d’échec mais que des feed-back et des apprentissages - 3ème partie
Il n’y a pas d’échec mais que des feed-back et des apprentissages - 4ème partie